L’Origine

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Indéniablement, un bon cuisinier.

Depuis mi-2017 planqué dans ce village. On aime bien la discrétion. Puisqu’on m’avait rencardé de l’idée, j’ai testé pour vous, ne me remerciez pas, je fais mon travail. Contrairement à la presque intégralité des guides de restaurants qui ne tombent jamais sur des mauvais et qui font croire aux lecteurs (comme aux cuisiniers) qu’ils y ont mangé. Sornettes. Enfin bon. Lui est à l’étage d’un bâtiment contemporain récent. Salle claire pas très grande avec mezzanine mais la terrasse double, à l’aise Blaise. Je suis resté planté dans l’entrée une minute: personne à l’accueil, de clients non plus. C’est long, une minute debout au milieu du silence mes agneaux. Puis une dame sort, qui sourit, un peu.

A ma question amicale, la directive et autoritaire patronne répond « pas de carte le midi, juste le menu ». Boudiou, ça doit pas rigoler tous les jours dans la taule. Aussi des suggestions qui ne méritent pas de faire des kilomètres: burger, entrecôte… Puisque pour une raison mystérieuse la carte est indisponible le midi, alors menu sans choix. Qui pour 14€ est presque une affaire malgré le set en papier et le sous-kleenex qui fait office de serviette. Entrée « mousse de poivrons rouge et pétales de chèvre ». Un géométrique petit pavé orange émulsionné avec 4 (très petits) pétales de tomme locale, un coulis rouge, deux feuilles de salade bouche-trou un peu idiotes. C’est bon, léger, calculé au gramme aussi. L’excellent pain sustente. 14,5/20. Joli travail pour « lapin farci, ratatouille et boulgour ». Du boulot. Bien travaillé et pas cher à l’achat, le lapin fait parfois des miracles. C’est le cas ici malgré une courte sauce chargée en fond de veau. Ratatouille rustique à l’œil mais fine en bouche, boulgour bien cuisiné positivement gras, c’est bien. 14,5/20.

Le dessert: une mignardise. Elle s’appelle « mousse aux fruits de la passion sur demi-chou ». Un demi-chou. On aura tout vu… et tout mangé! Merci le pain! Dans le genre radin et bon… médaille d’or! 13/20. Même si le cuisinier connait le job, tout l’esprit de calcul est résumé dans les intitulés de plats du midi: entrée mousse, dessert mousse. Ça fait cher le kilo d’air. Bref! J’ai compris que monsieur cuisine avec fiston, pendant que madame est au service avec sa belle-fille. Une affaire familiale avec en 1ère ligne une taulière décryptée comme sachant tout mieux que les autres, préjugeant sans délicatesse du travail d’autrui, un peu comme une secrétaire zélée s’imaginant investie d’un pouvoir divin en faisant barrage au téléphone. Malgré un cordial vernis de façade doublé de fausse zénitude. Dommage car le chef sait bien des choses de son métier mais je ne le verrais pas.