L’Éveil Du Gout

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La récente maison du centre-village affiche quelques codes d’une restauration sérieuse, comme les nappages coton et les vitres astiquées.

Voilà qui ravit notre exigence! Le cuisinier connait son boulot seulement voilà: on sent bien que ça gratte dans tous les coins et qu’un sou est un sou. Les cartes de visite genre Vitasprint comme une confirmation de l’état d’esprit. Dans les assiettes, du soin apporté à l’esthétique. Une cuisine débrouillarde pour répondre à l’exigence d’un menu complet à 17,5€ le midi. Même que la patronne en salle me déconseille de manger à la carte, comme si avec ma dégaine de VRP en encyclopédies des années 70 je devais nécessairement être pressé. Le problème de ce menu à 17,5€ fortement conseillé: tout est mou. Bien présenté, mais mou du début à la fin.

Entrée « crémeux de champignons et chips de jambon cru ». Jolie assiette creuse amenée chaude, chips trop salé, crème fouettée pour arrondir. C’est bon: 14,5/20. Suivent les « cromesquis de porcelet et son jus réduit ». C’est pratique le cromesquis. Tu le fais à ce que tu veux, avec ce qu’il te reste dans le frigo. Ici trois boulettes panées avec dedans comme de la rillette de porc molle, une sauce orange qui n’est pas un jus, des légumes frais trop cuits (mous), une purée de potiron, des cubes d’un gratin trop salé (et mou). Du fait maison soigné pour les mirettes qui me tire une moue: 13/20. Dessert avec la célèbre « poire Belle-Hélène ». Quartiers d’une demi-poire molle, glace vanille, chocolat noir trop sucré et un peu de croustillant façon crumble dans ce monde de mou. 14/20. Au bilan sur ce petit menu, coût produit minimal mais gros travail de transformation.

Un indéniable travail de cuisinier digne de Lavoisier: « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Mais du coup, ça se transforme en mou. Le service est de bonne volonté mais devient vite dépassé dès la quinzaine de clients car le midi, tout le monde est pressé. Mais on continue à prendre quand même les clients, on remplit l’étage, à tout prix. Du coup, une table sur deux ne prend pas de café, ronchonne. C’est un peu idiot mais avec tous ces cafés non vendus au client ce jour, la maison pouvait s’offrir des cartes de visite en accord avec le standing supposé de la maison, ou un extra pour seconder la patronne en salle. Mais ça doit coûter trop cher.