L’Estanco

3.5

L’été se prolonge, les lunettes de soleil et les gambettes ambrées des dames ne sont toujours pas remisées dans l’armoire pour l’hiver.

Prolongation pour les commerçants, on encaisse, on amasse, on profite, on mange le pain blanc. Je gomme illico toute ambigüité: la maison fait un boulot volontaire, produits frais qui s’essayent au genre cuisiné et moins banal qu’ailleurs sur le quai. Et les sourires pleuvent. Seulement voilà. Ce jour, la maison est complètement dépassée par l’affluence, totalement sous l’eau. Un certain manque de « professionnalisme » puisque à un moment donné quand on est pro, faut savoir dire non aux nouvelles tables. Au lieu de dire non, on entasse, on empile et on déçoit. Sauf son banquier. Propositions: 6 entrées pas données à partir de 15€, 7 plats de 16€ à 21€. Ils font plutôt envie. Faut dire que plus grand-chose ne fait encore envie à Bandol vu le niveau sous-marinier abyssal des taules à bouffer. Bref!

Et puis la formule midi plat/dessert à 19€. Vu la bousculade, j’ai pris ça: ça devrait aller plus vite. Ça aurait dû. Donc, mes « aiguillettes de canard au romarin, écrasé de pommes de terre » arrivent en 50 minutes. C’est long, 50 minutes. La présentation est soignée, 4 bouts de canard longs comme des saucisses posés en étoile, sur un tas de purée au fond d’une assiette creuse et blanche. Tomate cerises, germes de machin-truc, un peu de carotte râpée crue, histoire de colorer et rendre joyeux. Seulement voilà, petit scarabée: tout est froid. Pas tiède: froid. Le canard forcément faiblard, la purée sèche et sans gras, tristounette avec ses bouts d’olive verte… et le romarin est aux abonnés absents. Quel dommage! 8/20 et un potentiel supérieur.

Et puis j’ai entendu la direction échanger un peu nerveusement avec la cuisinière dépassée. En même temps, quand derrière tu te paluches 60 couverts d’un coup avec une cuisine réalisée avec des produits proprets et que tu ne t’y attends pas, la réalité de l’organisation obligée te retombe vite sur le pif. Alors le serveur est parti seconder la chef en cuisine. Quelle polyvalence! Du coup, mon « café gourmand » n’a mis « que » 20 minutes pour me venir sous le pif. Une boule de glace fruits exotiques, une crème chocolat (noir), une profiterole avec du bon topping chocolat! Ouéééé! Quand je vous dis que la volonté est sincère! 13/20. Le pain est bon, le café pas vilain. Et la terrasse remplie comme un péage d’autoroute un 15 Août.