Les Saveurs Du Gabon

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La devanture est colorée, ce qui du côté de Saint-Jean du Var est presque rare.

Jaune-vert-bleu-orange. Un présage d’évasion, c’est gai. Une fois entré, on s’aperçoit que le monsieur l’est beaucoup moins. Question dépaysement tranché, c’est loupé: un toulonnais canal historique avec l’accent de la ville bien appuyé, vouai, tieng, asseyez-vous ici ou là, c’est vous qui voyez. Et hop, il retourne derrière le comptoir pour finir un verre. Plein de miettes sur la table que je choisis, alors qu’elle est mignonnement dressée et aussi colorée que la vitrine. Tieng, voilà une vingtaine d’entrées et plats rédigées à la va-vite sur des feuilles blanches dans des pochettes plastiques transparentes, mais surtout déprimantes vu le nombre de fautes d’orthographe au mètre/carré: « restaurent, conseiler de reserver avant votre arriver, letue, ognon, morue desale, entrecotte… ». Mais est-ce bon?

Pas si mal vu le contexte un poil affligeant. Samoussa de bœuf, poisson à l’odika, tsara, folong, maffet de poulet, brochettes de rognons, mouton braisé et un fameux plat très connu dont la réputation déroule du côté de Lambaréné, Koulamoutou et même Libreville: la saucisse de Toulouse. J’vous jure! Bref! 13€ pour le « poulet yassa ». 30 minutes pour arriver, alors que l’autre table est déjà servie. Ça fait long. Mais c’est plutôt bon avec l’oignon, les olives vertes, le citron (très discret) la moutarde et les épices. Pas de caricature, du doigté. La cuisse de poulet est grosse comme celle d’une dinde et colle aux ratiches. Des bouts d’os trainent dans la préparation, aïe. Accompagnement au choix, j’ai pris de l’attiéké. Ressemble à une semoule, issu du manioc, grain régulier. L’ensemble vaut 13/20.

Dessert « coupole de mangue à la mousse de fromage ». Un peu de mangue fraiche dessus, trop peu. Dessous, une purée de mangue aqueuse. Dessus la mousse pas trop sucrée. 13/20. Dans le genre « je crains degun »: le taulier accoudé derrière le bar s’accroche un peu avec un client assis qui semble connaitre la cuisine africaine: « les épinards, c’est pas des épinards » qui dit le client. « Non, c’est les feuilles de manioc » qui dit le dab. « Alors faut pas appeler ça des épinards » qui dit le client. Etc. Et on se regarde par en-dessous à la toulonnaise, coudes sur le comptoir, si je veux, mais avec le sourire, quand même. Moi, je voulais juste manger la cuisine gabonaise, et un peu de folklo d’Afrique noire n’aurait pas nui. Pas vu de gabonais, pas vu de gabonaise. Mais dans les cuisines au loin agitées, ça rigolait bien! Pour info: promo Groupon. Quelle misère!