Les Gens Heureux

2.5

Plein cœur du village, bigrement planqué.

Un restaurant non. Un concept oui. Ancien moulin à huile d’olive qui était encore récemment une pharmacie. Depuis mai 2017, un bar à vin avec une mise en scène dans l’air du temps, bois, lumière chaude, recoins dédiés à la littérature, aux journaux, aux enfants si vous voulez picoler trinquil (kid corner), des tonneaux pour tables avec des chaises dépareillées, des éclairages d’ambiance, un comptoir avec un taulier derrière. Déjà qu’il pleuvait et que l’établissement était vide de clients, en plus le type n’est absolument pas enjoué, de cette tristesse blasée comme en voit parfois dans les séries scandinaves à la télé. Encore que j’ai connu autrefois un viking jovial. Bref! Pas du tout avenant avec le client. Je ne demande pas qu’un serveur fasse le carnaval de Rio de Janeiro et danse la rumba debout sur une table en envoyant des salamalecs à 360°.

Juste qu’il fasse (un peu) comme s’il était content de me voir, voyez. A tel point terne que j’ai cru que c’était le pharmacien qui avait ouvert ce bar à vin! Vous voyez votre pharmacien? Souvent hermétique et détaché? Ben voilà. Enfin bon. Dommage car la carte des vins est redoutable et une machine de guerre propose une huitaine de flacons à température. Pour moi, verre de Côtes-du-rhône Vieux Clocher 2016. Point de vue assiettes, pas d’assiettes. Mais des planches oui. Charcuteries et fromages, accessoirement du saumon et quelques légumes (velouté ou gaspacho). Option personnelle sur la synthèse de la proposition globale: « planche charcuterie et fromage ». Jambon de Parme DOP de 16 mois d’affinage, jambon braisé aux herbes origine Italie, saucisse sèche des Monts du Lyonnais, Comté affiné 18 mois, chèvre charolais, tome de brebis au piment d’Espelette et Saint-Nectaire.

Tous ces produits sont des merveilles, plutôt bien servis: ils vous changeront des banalités des lieux à la mode qui fourguent des charcuteries sous cellophane et des fromages au gout de rien. Même le pain est fameux. 14/20 pour un assemblage de qualité. Comme le patron sera tout le long intégralement indifférent, lisant sa tablette informatique à côté du tiroir-caisse derrière le comptoir comme si le client n’était pas là, il faudra que j’aille au comptoir demander une fourchette. Alors même qu’il y a deux couteaux sur la planche. Allez comprendre. Et puis faudra que j’y retourne pour demander une serviette en papier pour la moustache. Forcément, il ne me regarde jamais. Alors il m’a dit « c’est là » d’un hermétique coup de menton. Et puis faut se lever pour aller payer sans déranger le taulier encapsulé devant son écran. Enfin bon. Concept bien pensé par un expert, mis en œuvre en amateur.