Le Tire-Bouchon

2.5

Foire d’empoigne entre terrasses ensoleillées sur le qui-vive pour alpaguer le chaland affamé errant, terrasses au coude à coude dans les rues touristiques et pavées du Vieux-Lyon quartier St-Jean, quai de Saône.

Ça grouille, s’y carambolent pif en l’air les japonais qui font des clics, des allemands sans gêne qui mériteraient des claques, des locaux pâlots avec leurs marmots, des promeneurs du coin venus en voisin. Une façade met la puce à l’oreille à Mauricette. Croyez-moi, elle s’y entend en façades de jolies maisons vu le tas de catalogues « Maisons et Décors » empilés depuis 50 ans dans son salon IKEA. « On va là » qu’elle a dit, stressée par la foule et l’heure tardive. Accueil comme à l’usine, on nous fait monter à l’étage: vue sur la rue passante. Epatant isolement de son boucan, vieilles pierres et éclairage doux, tables en bois rustique, serviettes en papier. Sans doute excité comme une puce à l’idée de plomber du touriste en goguette, le jeune serveur vante comme « bio » le « pastis Henri Bardoin » bien d’chez nous, avec l’assurance du vendeur de foire qui vous refilerait son stock de chaussettes fabriquées par la mère Denis sous Napoléon III. On a bien ri… mais on est resté au rouge! Bref!

La cuisine ménage la chèvre et le chou, coincée entre désir de faire gober du « folklo tradi » au client en attente de lyonnaiseries, et exercice de tape à l’œil. Exemple avec le menu à 26€ et « gâteau de foies de volailles, réduction de Porto » maniéré et trop sec. Coupé en 4 dans une assiette noire avec des lamelles de légumes roulées et des feuilles de petites salades sûrement rares, comme chez Passard. 12/20. Mieux pour mes annoncés « œufs parfaits, escargots crème d’ail noir » sauf qu’ils sont un, un seul œuf. Bien cuisiné, joue la sobriété: 14,5/20. Mauricette attendait avec optimisme son « andouillette Bobosse, sauce moût de raisin » servie avec purée et une brunoise de courgette poêlée. La sauce est une horreur pas piquée des gaufrettes point de vue ratage. 12/20. Terrine de foies comme andouillette, elle veut du rustique, du rentre-dedans, pas de simagrées gastro qui minaudent. Confirmation du style avec ma « tête de veau snackée pommes vapeur et condiments, sauce gribiche ». J’adore la tête de veau. Osé: tranche en allez-retour sur plaque brûlante! A mon sens, un loupé. Le gras ressort, écœurant. Y coller la gribiche dessus m’est impossible. Pas fini. Présentation maniérée, bande de balsamique arrosée de petits légumes, oignons rouges, câpres… 9/20.

Elle a bien rigolé car elle s’est régalée! Qui? L’arrière petite cousine de Mauricette… curieusement encore plus vieille qu’elle! Sans son dentier, elle a léché jusqu’au bout sa « mousseline de brochet, petits légumes, crème d’écrevisse ». A la cuillère, à la guerre comme à la guerre. Jus agréable, relevé. Comme quoi quand il veut, le cuisinier sait faire simple et bon, sans se prendre pour Michel-Ange. 15/20. « crumble » sans histoire dans les règles à 14/20, « cervelle de Canuts » timide à 13/20. Carte des vins soignée et réfléchie. Une cuisine qui n’a aucun mal à se situer au-dessus de la bouillie locale des confrères du quartier, produits simples avec des assiettes en habits du dimanche pour séduire. Sauf que des fois, ça ne marche pas quand on pousse le tire-bouchon un peu loin.