Le San Remo

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Le serveur en catogan est épatant.

Je vous jure, il nous accueille avec une courtoisie d’un autre temps, allant même jusqu’à tenir la chaise de Mauricette. Du grand rare, surtout dans une simple pizzeria. Quelques restaurateurs auto-proclamés « sérieux » feraient bien de venir y jeter un œil, voire deux. Bon. Après, on ne l’a plus vu, ce serveur. C’est bien dommage. Il est remplacé par un autre organisé comme un dessous de bras frisé. Salle et terrasse pleine au trois-quarts, une pagaille sans nom. Il s’est même fait sèchement remonter les bretelles par le pizzaiolo en plein service. Préposé au bar, le serveur en catogan du début confirmera tout le service l’élégance notée à notre arrivée en soutenant son collègue dépassé en salle! La grande classe! Ça non plus du jamais vu! Bref!

A notre table le serveur embrouillé prend notre commande. En parallèle des pizzas: assiette-repas, entrecôte, burgers, pavé de saumon sauce vierge, pâtes aux gambas, daube de poulpe et seiche, et « involtini » traduisible par « petits roulés ». Souvent du veau, ici escalope de poulet avec mozza et peut-être de la coppa. A ma demande de remplacer les frites, l’autre me claque un « non » si violent que Mauricette a pouffé, frôlant l’éjection de son dentier! Du rare! Un balèze de la relation humaine l’oiseau! J’ai pas moufté, j’ai pris ce qu’on m’a donné. Visuellement c’est appliqué, à l’instar des pâtes aux gambas de la table voisine. Un coin salade fraiche, un coin de frites barbouillées d’herbes de Provenceu et de jus de viande balancé comme de la crème de balsamique, et comme un boudin tranché, mon involtini. Trop cuit, sec comme un coup de trique. Viande de mauvaise qualité, badigeonnée du jus de viande froid comme sur les frites. 11/20 pour 13€.

Après avoir recollé son râtelier, la dame au chapeau vert a apprécié sa pizza « 4 fromages ». La pâte ramollo n’a pas assez mûri. Impossible de manger cette pizza à la main, elle dégouline. Elle a toutefois voté 13/20 et j’ai payé 12,50€ (elle ne paye jamais). Pichet de rouge correct, on s’attendait à pire. Le pain n’a jamais été apporté. Et puis après, on attendra 30 minutes, qu’on s’occupe de nous. Le problème, c’est que les autres tables aussi. Très long, et bruyant par-dessus le marché. Des clients perdent patience, se lèvent et vont payer en chœur au comptoir, négligeant dessert et café potentiels. Quand on a vu la danse générale, on n’a fait pareil, ya pas de raison. En remontant sur nos vélos des années 70 pour repartir, Mauricette commentera « mais que c’est long quand ça dure: « mille ans « San Remo! »