Le Petit Bois

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Quelle ville bizarre, La Londe-les-Maures.

Crispée, renfermée, faut pas venir l’embêter, c’est chez nous, vous êtes du village? A l’instar de l’Office de Tourisme de la ville recroquevillé derrière sa devanture qui refuse de distribuer notre guide utile pour informer le touriste. C’est vrai quoi? De quoi se mêle « le Bouche à Oreille »? On lui a rien demandé. Surtout pas de critiquer les restaurants de par chez nous! Par contre, les touristes qui pleuvent en été, on les veut bien même si on n’a pas besoin d’eux, juste de leur argent. Touristes qui au lieu d’aller se planter la désillusion sur le port ou ailleurs feraient bien de faire halte ici. Un bar-restaurant façon routier (c’est un compliment) qui ne s’est jamais désembourbé des années 60.

Très drôle, presque touchant: un vieux meuble en bois sur le dos en révision des 50 ans posé sur une table devant l’entrée, néons blafards, extincteur poussiéreux des années 70, un bahut pour ranger la vaisselle qui a connu René Coty, les peintures jaunes et roses chamallow sur les murs… je m’assois devant ma nappe en papier gaufré, mon verre arkoroc et le pot à eau qui trimballe au col autant de calcaire que le plafond de l’Aven d’Orgnac. Et puis, contraste poilant entre un passé présent et une forme de modernité caricaturale: le jeune serveur aussi souriant que Mamuka Gorgodze quand il perd est bien dans l’époque, coupe de cheveux de footballeur, survêtement Lacoste et Nike aux pieds. Dans sa fonction, il joue un peu le blasé en pilote automatique qui récite les plats, aucun prix d’annoncé. Choucroute, lapin chasseur, faisan en sauce, coq au vin. Choix d’entrées également et vu l’ambiance années 60, j’envisage « bouchée à la reine » des années 70. Un vieux feuilleté fatigué farci d’un tas de bricoles comme moules, seiche en brunoise et même surimi. Le contenu du feuilleté déborde comme la lave d’un volcan qu’on croyait éteint, ne me quitte pas. Peu aguichant, mais généreux. 11/20.

Suite servie au plat, magnifique! Vive la France! D’un côté, garniture avec un peu de deux gratins: dauphinois et chou-fleur, bien cuisinés. Et à ma droite, la cuisse de mon « coq au vin » qui trempe dans une excellente sauce! Je me suis ré-ga-lé! 14,5/20. Vu la dégaine de quelques tartelettes, les desserts sont d’évidence sous-traités. Ça sera donc « fromage ». Un bout de bûchette de chèvre fatiguée et un bout de bleu d’Auvergne avec des miettes de pain. Vrai qu’on a jamais passé d’aspirateur sur du fromage. Bah… un coup de rouge (compris dans la formule) et ça fait passer l’tout vindiou! Café compris, aussi. L’addition, merci. Ça fera 15€, ce qui est la bonne affaire. La patronne prétend ne pas savoir extraire la TVA sur la note manuscrite qu’exige pourtant mon comptable. Et puis « non m’sieur, on n’a pas de carte de visite, ça sert à rien et c’est trop cher ». Evident dans ce bain d’anachronismes: « on ne prend pas la CB ». Ça sert à rien non plus et c’est trop cher.