Le Passage

2

Fin aout. Qu’il fait chaud, mais qu’il fait chaud. Plein de touristes, encore.

On m’avait parlé d’un restaurant à peu-près récent, planqué dans une rue à deux pas du strict port où s’empilent une clientèle déprimante qui alignée en rang d’oignons se crame l’épiderme en bouffant n’importe quoi à n’importe quel prix, comme hypnotisée devant le panorama des bateaux. Le restaurateur profite, puisque client baye aux corneilles, enfilons-lui nos assiettes mauvaises et trop chères: il n’y comprend rien. C’est d’un déprimant… Bref! Alors j’ai foncé dans cette ruelle pavée de bonnes intentions un peu à l’écart de la foule pour chercher « Le Patio ». J’ai vu un établissement coquet avec dedans, le personnel assis à faire causette. 13h et personne n’est attablé. Pas vraiment rassurant mais bon. La jeune femme un peu blasée balance les cartes en plastique, vous désirez un apéritif, vous avez fait votre choix, etc. 1er menu vendu 23,50€: nous n’irons pas plus loin. 3 possibilités d’entrées dont « 3 antipasti au choix » parmi 9.

Pour ma pomme, 3 quenelles: caviar d’artichauts façon barigoule. De simples fonds d’artichauts écrasés, bien peu de saveurs, merci la salière. Le caviar d’aubergine est plus tonique, même si lui aussi est en purée trop fine. La brandade de morue est le mieux, avec quelques légumes pour la couleur. On n’a pourtant jamais vu de carotte dans une brandade, mais pourquoi pas. 12/20 pour l’ensemble avec des feuilles de salade verte un peu fatiguées rattrapées par un assaisonnement personnel. Le plat, c’est un « pavé de saumon à la crème de citron ». C’est joli et un peu dinette dans la portion. Le poisson est dur et colle aux dents, du congelé. Pas mécontent que le morceau soit radin. Mais la sauce citronnée fait son petit boulot. Avec une sorte de ratatouille avec des morceaux durs et d’autres mous, une demi-patate avec peau poêlée et non salée, une quenelle de patate douce épicée, bof. 11/20.

Dessert avec une méritante « panacotta, coulis de mangue, ananas caramélisés »: peu de gélatine! C’est rare les bourrins du dosage! Je monte à 14/20 mais le dessert bénéficie du contraste avec le plat. Pas de café: 2,4€. Je vais éviter le couplet du « Cassis c’est cher » car tout le monde le sait. Les loyers, les fonds de commerce etc. Pour dire que je sais ne pas être tombé sur le pire, mais que quand même. 23,50€ pour ce genre de cuisine, mon comptable va lever les bras au ciel! Elles sont 4 à bosser dans la petite boutique (un 5ème est en cuisine) et à papoter fort comme dans un salon de coiffure devant les clients. Et puis paf. Je m’aperçois que je ne suis pas entré au restaurant « Le Patio » mais çui juste avant: « Le Passage ». Je ne suis pas très professionnel. Moi non plus.