Le Pascalou

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L’adresse planquée derrière l’Hôtel de Ville âgée d’une trentaine d’années n’est pas toute jeune, et fait dans le genre maritime, surtout.

Une image forte transpire, cultivant la légende sur laquelle elle s’est bâtie. Comme une voile multicolore sur la barcasse décorative devant l’établissement, une flopée de bannières des guides sur plusieurs années: le Petit Futé, le Routard. Et même, « le Pascalou » serait sur le guide Michelin. Tellement de médailles qu’on se croirait devant une assemblée de généraux de Corée du Nord. Pour rassurer le chaland, il parait que ya pas mieux. Comme pour confirmer le style, une fois entré le chaland obtempère: on lui pointe d’un doigt autoritaire sa place de client soumis hameçonné! Ici! J’aurais pu dire harponné! Verre arkoroc, serviettes en papier, coude à coude imposé pour la rentabilité au mètre carré. Les toilettes sont aspergées de liquide de toute nature, les hommes sont des veinards.

Salade de chèvre chaud, bouquet de crevettes, moules gratinées, pavé de saumon, gambas, fricassée de poulpe, seiches, vol au vent aux fruits de mer, moules frites… enfin bon: vous voyez le genre. Dans un contexte plus amical, j’aurais trouvé quelques avantages à cette cuisine familiale, brute de décoffrage et crispée dans les années 80. Sauf que l’abattage touristique s’accorde mal du genre fignolé. Menu à 20,80€: servie dans un bol de cantine et amenée comme à la chaine par une serveuse déjà ailleurs quand elle pas encore arrivée à votre table, la « soupe de poisson » fait son boulot a minima. Rouille maison, portion grammée. 12/20. La « daurade grillée au thym » paraissait comme le bon plan du menu. C’est vrai quoi. Les daurades seules, on les trouve parfois au prix du menu ici alors… Sauf que la daurade, elle est grosse comme une sardine. Bien présentée, avec patates comme sautées mais passées à la friteuse, un petit tian avec aubergine crue (beurk), un gratin de courgette généreux en crème et fromage râpé, une rémoulade maison dans une coquille St-Jacques. Pas le mauvais bougre au final, ce plat. 13/20.

Ça braille partout « cuisine maison » et ça vous fourgue sans états d’âme des « iles flottantes » industrielles. Sans commentaires. 8/20. Bon allez, commence à gonfler: bruit, esprit tiroir-caisse, tables moites sous le coude, odeurs de friture… j’étouffe! Je boirais le café ailleurs! Je vais à la caisse. La serveuse qui ne m’a pas regardé une seule fois dans les yeux va devoir pourtant: elle me compte deux fois mon Orezza 50cl. Héhé… Si ça passe, c’est tout bénéf’, vous comprenez.