Le Frigo De Lulu

2.5

Annexe du voisin « Chez Lulu » fermé le midi en été.

A avançant ses pions le long du trottoir de la sorte, le taulier s’apparente au joueur d’échec avisé: la terrasse s’étire sur plusieurs numéros. En 9 ans, il s’en passe des choses. Joli souvenir à l’époque d’une cuisine italienne simple vraiment bien balancée, sans le folklo gondolier lourdingue que dispensent les vendeurs de romantisme de la chose transalpine: ça me court sérieusement sur le haricot! Ici, pâtes adaptées à la sauce, produits fins, dosage et cuisson au cordeau. Et puis « Le frigo de Lulu », épicerie attenante des mêmes tauliers avec laquelle les habitués de l’adresse-mère évitent la frustration de la porte close de l’adresse-mère en pause, augmentée d’une clientèle de passage tentée par le service façon camping et des tarifs attirants. Bien vu Lulu. De 7€ à 13€: salades, focaccia, bruschetta, piadina, un plat chaud pourtant annoncé totalement invisible.

Charcuteries et fromages de l’épicerie, quelques desserts à 3,5€. J’ai pas tout compris dans la formule à 11,50€. Quand la serveuse m’invite à aller voir en vitrine les propositions déjà prêtes, je croyais avoir pointé du doigt « Carlotta » à 7,5€. Avec tomate, jambon cru, mozza di bufala, roquette, basilic. M’arrive la belle assiette décrite augmentée de caponata et de focaccia un peu sèche. « Toastée » me précise la serveuse. Pas radine, la direction: mozza entière! C’est là que j’ai pigé qu’on m’avait servi une autre assiette à 13€, fort ressemblante à mon choix dans sa composition. Aucune mauvaise intention de la serveuse (enfin je crois), juste un manque de clarté et de pédagogie. Gaffe: y a des frustrés qui mettent sans discernement des avis sur Tripadvisor pour moins que ça.

Bref! Plutôt bon et frais, généreux de la portion, mozza entière mais caponata étrange: avec poivrons (j’aime pas). 13/20 pour être fun comme dirait le très parisien guide fooding qui référence la boutique. Et 13€, donc. Pas de desserts comme ceux en vitrine, du coup. J’en étais à la dernière bouchée, quand le patron-cuisinier Jean-Etienne Parrocel qui promenait son air débonnaire entre les tables de sa terrasse en papotant avec les clients, me demande si je n’ai pas trop chaud. Sur le départ, je dis que non. Avec son faux-air de blasé pas vraiment du genre à croire ce qu’on lui raconte (cause toujours), il ramène un parasol pour compléter la zone d’ombre où je me trouve. Je tenais à mettre en lumière cette délicatesse rare bien peu coutumière dans notre monde de brutes. Ce qui laisse supposer que le concerné a choisi ce métier pour se faire plaisir et faire plaisir. Ça ne trompe pas, et ça fait du bien.