Le Chaperon Rouge

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La vitrine donne sur le bruyant et platané cours, aguiche avec sa collec’ de flacons charmants.

Repris (encore) début 2018 « Le Chaperon Rouge » fait désormais cave à vins. Pas de la grosse cavalerie, en plus. Bandol « La Chrétienne » et d’autres fioles d’initiés à prix doux, la Bourgogne est bien représentée et l’amateur de Côte-Rôtie se régalera pour une cinquantaine d’euros. Bref! Je suis entré, la timorée jeune dame du service fait ce qu’il faut, où vous voulez, là, là, ou là. Le patron également en salle m’a vu mais ne me salue pas, évite. Mon bonjour volontairement appuyé le fera revenir sur sa décision, un peu après. Même s’il fait très chaud au moment de ce test estival, l’absence de rythme et d’entrain s’avère pesante, comme si ce qui parait être un couple portait sa croix, faut bosser, j’aime bien mon métier mais les clients sont un peu embêtants, si on pouvait s’en passer, je signe tout de suite, vous avez un stylo? La cuisine ne rattrape pas, tout juste ménagère, sans ton, entre recettes simples (tartare, salade chèvre chaud…) et demande bien citadine de planches campagnardes, charcuteries et fromages.

Remarquez qu’avec un tel choix de vins, c’est bien. Sauf qu’on ne m’a pas amené de carte pour en choisir un, de vin. Ni même proposé un verre. Je ne dois pas avoir le profil du buveur de vin. Des formules et un menu-carte pas bêtes avec par exemple pour 19,90€ la totale avec café. Il y a notamment une « terrine forestière » pas maison, mais surtout grasse et molle. J’aime les terrines un peu sèches et toniques, pas celles gavées de protéines de lait qu’on tartine comme du beurre. Bonus: bouts de nerfs pour pimenter le chagrin. Deux feuilles fraiches de salade verte. 8/20. Suite cuisinée avec « lasagne d’aubergine à la ricotta & chorizo ». Pas bête. Le plat sort du four, avec de la salade (avec vinaigrette) maladroitement posée dessus. C’est pratique pour la réchauffer, la salade. Je la dégage sur le côté: dessous c’est presque bon, laborieux mais volontaire, chorizo puissant, ricotta granuleuse, alternent tranches d’aubergines en longueur et pâte à lasagne tassées, coulis tomaté qui sent bon. 13/20.

Dessert presque original: « pêche pochée à la verveine & au citron ». 5€ à la carte, comme presque tous les desserts. Une pêche épluchée dans un sirop éteint, trop sucré. Symptomatique d’une restauration sans âme qui ne se met pas à la place du client, une cuillère est proposée pour boulotter le truc. Je me suis battu avec pour chopper le fruit, mais cet imbécile tournait sur lui-même dans la verrine. J’aurai eu une cravate, je ne me tachais pas la chemise. Je demande un couteau et fourchette à la dame qui n’y avait pas pensé. 11/20. Café parfait. Le jeune patron fut sommelier au « Miramar », qui fut une institution du Vieux-Port du temps de sa splendeur. On sent bien chez lui une relative passion pour le vin, beaucoup moins pour la restauration.