Le Casanova

2.5

Un joli centre village pas frimeur du pavé ni de la ruelle, comme j’aime.

Avec quelques boutiques qui veulent vivre au pays. A proximité, un grand parking gratuit vraiment pratique. Puisqu’on m’avait informé de ce plan resto, fallait y tremper la moustache. J’y entre bras dessus-bras dessous avec ma sacoche de VRP et ma dégaine d’affamé de 12h40. Plus de 90 décibels de rap dans la jolie traboule qui vomit du comptoir où le DJ -pardon- le patron sert des pastis à une demi-dizaine de collègues. Pendant que je le regarde avec mes yeux rouges exorbités à cause du boucan, il m’hurle que le restaurant, c’est là-bas. Alors il m’accompagne là-bas, dans une petite salle de 10 couverts habillée comme la salle de séjour du roi Arthur, casque, épée etc. Alors que je suis encore debout et que faudrait voir à pas lui faire perdre de temps non plus, il me demande (le taulier, pas le roi Arthur) si j’ai choisi ce que je voulais manger car c’est écrit dehors sur l’ardoise. Je lui dis que non, alors puisque l’ardoise de dehors est trop lourde à porter, il amène un prospectus dépliant. C’est original.

Le plat du jour est vendu 13€. Moules gratinées (15€), camembert au four (12€), salades (13,5€ et 14€), entrecôte 17€, tartare 14€, gambas 17€, des burgers (forcément) et… « cabillaud en croûte de chorizo » à 16,50€. Le jeune homme préposé au service n’a pas pris la peine de me proposer une boisson, mais je crois qu’il était content de se débarrasser du poids de la prise de commande. Le plat choisi mettra 40 minutes à arriver dans la cabine, même que le cuisinier est venu me dire que c’est long passque patati et patata. Alors même qu’un seul client est assis avec moi, et que lui est déjà servi. Autant vous dire que j’avais le questionnement du pourquoi de comment se fait-il. Surtout qu’avec l’ambiance de discothèque, je n’ai pas pu lire mon journal préféré et pourtant, c’est pas du Schopenhauer. Bref! Quand l’assiette est arrivée, j’étais content car elle était plutôt jolie, Lili.

Grande et blanche, une timbale de bon riz gras, une ratatouille aux éléments calibrés qui signe le cuisinier appliqué, une carotte entière confite, un bout de poisson trop fin et avec beaucoup d’arête pour un demi petit filet. Un peu de salade avec des bricoles taillées. Juste au moment où je pose mon 14/20, la musique baisse d’un ton. Ça m’a fait comme quand s’arrête la roulette du dentiste, voyez? Une jeune femme avait pris la relève en salle, plus avenante. Je suis passé direct au (mauvais) café avec les tympans qui sifflaient. « Ça vous a plus? » et patati et patata. L’addition svp, merci, au revoir. Je suis monté dans ma voiture et je me suis lavé les esgourdes avec Bach. Rien que pour ça, c’est bien Bach, pour se laver les oreilles de la médiocrité qui nous pollue le quotidien.