Le Carro Bleu

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Comment se gâcher le loisir d’un moment heureux au bord de l’eau dans un des mes village préféré?

En choisissant une mauvaise table que la magie du lieu de parvient pas à relever. Pour tout dire en ce lundi de fin d’été les autres restaurants étaient fermés. La saison aura été bonne, je suppose. Terrasse, le serveur blasé pointe du doigt l’endroit où je dois m’installer, musique de discothèque trop forte dans des haut-parleurs saturés pour vendre des mojitos aux esseulés(ées) qui veulent se faire des amis(ies), cuisine ouverte pour voir l’ambiance, et la sentir aussi: ça pue la graille et la frite. La carte: 6 entrées à partir de 11€, une dizaine de plats « côté pêcheurs » à partir de 14€, entrecôte et magret.

Quand j’ai vu les tables voisines, j’ai évité le poisson, j’ai des sueurs. Option « magret sauce gorgonzola »: sauce Roquefort indisponible. Je suis heureux car ce magret n’arrive pas en 5 minutes: 30 minutes appétit en main. Ce magret prend son temps, s’applique, est choyé et caressé par le cuisinier sur le grill où il transpirera de son gras préalablement quadrillé au couteau avant d’en sortir croustillant. Le truc arrive. Assiette énorme en superficie! Magret entier de contrebande roumaine ou dans le genre, prédécoupé et comme cuit au micro-onde: pâle comme un parisien début aout. C’est du 50/50: gras et viande. Une horreur. Il pisse l’eau rouge de décongélation dans la sauce fromagée, sauce qui est la seule réussite de l’assiette. Le reste: julienne de légumes congelée au gout d’eau, gratin dauphinois al dente (patate pas cuite), salade badigeonnée de balsamique qui se mélange avec la sauce gorgonzola qui se mélange avec le jus d’eau rose du magret etc. 2/20 pour 21€, record du monde.

Pain de qualité mais découpé trop à l’avance pour gagner du temps: sec. La patronne sort des cuisines avec une copine, s’attable et fume une clope en buvant du rosé pendant le service. Ça ne me dérange pas, sauf quand le serveur dépassé me fait attendre trop longtemps pour commander un dessert que je ne prendrais finalement pas puisque je me lève pour aller payer au comptoir. L’appareil CB est tellement sale qu’il est une pub remarquable pour le « sans-contact ». Je tape mon code du bout du doigt. Ouf, réussi du premier coup: je n’ai pas à le refaire!