Le Bon Sens

0.5

J’ai un attachement particulier pour le restaurant solitaire, hors de la cohue, à l’emplacement discret. Je crois souvent y flairer la bonne affaire, poussé par un préjugé romantique: les tauliers ont peut-être économisé 20 ans pour pouvoir l’acheter sinon ils auraient pris ailleurs mais c’était plus cher.

Enfin bon. Lui est sur les terres de Sausset en direction de La Couronne, à deux pas de l’eau et collé à un lotissement veinard du panorama et mitoyen du local club de tennis. J’y suis entré gaillard malgré la vingtaine de suggestions à l’ardoise dehors. Boudiou! Dedans, atmosphère familiale avec du matériel de camping. Ça sent très fort la fumée grailleuse de viande et de poisson. La hotte pourtant conséquente est totalement inefficace. Je me suis définitivement demandé dans quelle galère j’étais tombé quand le taulier s’est pointé à ma table avec l’entrain d’un camelot de foire qui veut me fourguer une batterie de casseroles et un épluche-cacahuètes. Et que les produits sont frais. Et que la cuisine est maison. Et que vous allez vous régaler. Et que je suis un professionnel de la restauration. Et que, et que, et que. Lourd, d’autant que les arguments largués résonnent généralement comme l’exact contraire de la réalité.

Allez hop: vivement la quille qu’on se tire ailleurs! Que je me débarrasse du moment un peu pénible, quoique madame est très souriante. J’observe le jeune en cuisine (ouverte): il semble porter sa croix. Enfin bon. Alors j’ai pris un plat un peu au pif, des « linguines aux langoustes ». Et le taulier revient me raconter la recette avec de grands gestes: « alors on prend une langouste fraiche qu’on débite en médaillons, avec je fais une sauce personnelle extraordinaire vous m’en direz des nouvelles, vous allez vous régaler ». M’arrive les pâtes à la cuisson al dente parfaite. Ça, on ne peut pas dire. Mais le reste, on peut. Sauce en fond de poisson en poudre avec un peu d’oignon, aucun intérêt! Et des bouts de langoustes décongelés du sachet. J’ai bien conscience que le frais est trop cher dans un plat à 19,50€ (encore que), mais de là à sortir d’aussi grossières balivernes au client… bref! 8/20.

Afin de prendre la mesure intégrale de la moquerie organisée, j’ai osé le « Café Gourmand ». Une petite crêpe avec de la Chantilly, un mini-fondant au chocolat micro-ondé, une mini crème brûlée (le mieux de tout) et deux petites boules congelées, comme des mini profiteroles au caramel. Bien nul comme il faut, 8/20. Et 8€: une honte. Et encore, sans compter le café lamentable mais on est habitué: Henri Blanc. Je lui ai collé un 3/20. Je vous rappelle que j’ai déjeuné avec d’autres malheureux dans une ambiance enfumée d’odeur de poisson et de viande. Mais aussi, que le chaland bénéficie de la vue mer. Si la virée vous tente, c’est que vous êtes adepte de la littérature du Marquis de Sade. Comme par hasard, on ne m’a pas dit au revoir, comme ça se produit parfois sur le littoral.