Le Bishop

1.5

Une adresse entre gare et port, reprise par le cuisinier y œuvrant jusqu’alors.

Une transmission à l’ancienne qui nous réjouissait par avance. La table ne fait pas dans le tralala plagiste mais dans le centre-ville ouvert à l’année. S’y croisent au quotidien les coudes les retraités ainsi que les coiffeuses et les agences immobilières de la place. Faut dire que le jeune serveur est avenant même s’il en fait des tonnes dans la discutaille avec le client sur le registre « oui mon bon môssieur, le monde change, c’était mieux avant, tout va à vau-l’eau Lolo ». Bref! Carte longue qui s’éparpille un peu, 10 entrées, 15 plats. Hébé.

Aujourd’hui vendredi c’est aïoli! 22€ la bête! Il est beau! J’ai tout vu! 2 personnes sur 3 le choisissent! Sauf que je n’avais pas envie d’ail: j’avais un rendez-vous important de proximité après le repas, c’est ma vie privée, ça ne vous regarde pas. Du coup, je m’oriente finement vers la « tête de veau sauce gribiche ». J’adore ça. Simple à réaliser, cette douce sauce un peu neutre à base d’œuf dur et de moutarde est un régal. Sauf qu’ici, le cuisinier se la joue bricolage improvisé et poil dans la main! Vu que j’ai de l’aïoli plein le saladier, je le refile au client en lieu et place de la gribiche. Un peu de cerfeuil ou persil pour illusion et hop! Le tour et joué! De toute façon le client n’y connait rien, tu lui fais des risettes et c’est pareil niveau tiroir-caisse.

Dommage, car les légumes frais sont mignons, les patates bien cuites, les fines tranches de l’abat pas trop grasses. Vu le défoliant surchargé en ail, j’ai pratiquement rien boulotté. Rien qu’à le regarder droit dans les yeux cet aïoli, t’entends les cigales. 9/20 pour 20€ quand même. Pas de dessert à 8,5€. Mais un café à 2€ incapable de nettoyer mon palais traumatisé par l’ail. Malgré mon haleine d’Ugolin transpireux, mon rendez-vous qui suivra se passera bien, merci. On a même bien ri de la péripétie racontée. Bref! Un cuisinier dans la maison oui. Mais faire ce genre de blague culinaire dans un établissement repris de neuf est kamikaze pour une image de marque. On ne saurait donc trop conseiller au cuisinier de faire ses sauces promises au lieu de discuter au comptoir avec des amis.