Le 126

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Situé à un jet d’olive du théâtre « le Forum ». Du coup, le patron zieute, des fois qu’une célébrité entrerait.

Sauf que comme disait le merveilleux Alexandre Vialatte: « je suis notoirement méconnu ». Alors pas de bonjour. Et puis la causette à l’habitué est plus rentable. On lui pardonnera: plus une table de libre! Car oui, beaucoup d’habitués dans cette belle salle décorée avec gout, tandis qu’on se dit que les touristes vont s’empaler la déception devant la mer. Mais je suis sévère avec le taulier. En fait, il est sympathique. Sauf qu’il le sait un peu trop. Un as du marketing avant de l’être de la restauration. Que je vous explique. Pour la prise de commande, il vous tartine de sa propagande du « fait maison ». Grande est ma surprise d’entendre que la « terrine façon Richelieu » est faite maison.

Alors je l’ai prise. Vous allez rire: je pense qu’elle l’est ou tout au moins, qu’elle est réalisée par un vrai charcutier. Il s’agit d’une sorte de pâté en croute avec foie gras au cœur. Dans un menu à 19€, voilà qui ne nuit pas au rapport qualité-prix. Sinon quelques maladresses comme la pâte non levée et l’absence de poivre (à mon gout), il faut louer ce travail peu gras (l’industriel en raffole) et avec peu de sel (l’industriel en raffole). Confiture d’oignons à la grenadine en prime, bienvenue dans les années 80. Bref! 15/20. Le VRP de sa propre boutique m’informe que mon « émincé de volaille à la normande » est cuisinée par un vieux de la vieille de la sauce et servi avec des pommes de terre sautées, des vraies, promis-juré-craché. M’arrive des cubes de pommes de terre certes fraiches, mais passés à la friteuse.

Voilà ce qu’il faut exactement faire pour me foutre le moral dans les chaussettes: un mensonge de vendeur de bagnole, la menterie du camelot de foire. Les bouts de poulet collent aux dents, ils flottent dans une sauce non travaillée: pas une normande digne de ce nom. Pas fini, pas intéressant du tout. 8/20. Le dessert fait des efforts de créativité. Sauf que le « chou, crème et ananas », même « fait maison » n’offre qu’un intérêt limité quand il est dressé la veille ou tôt le matin: que c’est mou! Et un chou mou du genou, c’est un chou loupé! 12/20 pour l’esthétique. Dans le registre marketing, l’eau en bouteille est facturée seulement 1€ quand on opte pour le menu, bien vu Lulu. Il règne une bonne ambiance dans l’équipe, les deux serveuses sont souriantes comme des soleils. Cadre chaleureux, on se sent bien. Dommage hein?.. Hébé oui. Moins de parlotte pour séduire et plus de faits concrets en cuisine et c’était le bon filon.