L’Atelier L’Art Des Mets

1.5

L’accueil des nouveaux est frais pour ne pas dire cassant.

La serveuse joue le jeu, la maitresse des lieux cabotine un peu mais s’éclaire quand on la questionne sur la maison « avec mon mari en cuisine, on a fait de très grandes maison étoilées etc ». Bon. 16,90€ les midis de semaine, faudrait voir. C’est le menu-carte à 32€ que j’envisage. Ce fameux menu au prix inférieur ou égal à 32€ (en Province) qui ouvre les portes du sésame « bib gourmand » qu’espère le cuisinier adorateur du guide Michelin. Menu décliné en formule à 26€ et 29€. A partir de la prise de commande, et avec seulement une dizaine d’attablés au compteur, ça devient très long devant ma serviette en papier. 30 minutes pour avoir la mise en bouche! Délicieuse: « cromesquis de poulet au citron, boulgour et émulsion de roquette ».

Le côté vert-chlorophylle est parfait, magique. Je lis que le chef est « inspiré et guidé par sa passion de cueillette des plantes et de fleurs sauvages ». Promesse du meilleur avec un 15,5/20 d’emblée. Ils sont deux en cuisine, ça discute beaucoup, ça parle fort, ça rigole, ça se taquine, et par intermittence autoritaire la patronne met son grain de sel dans son organisation. Elle ferait mieux de s’occuper de la salle: des clients réclament le pain, les glaçons… Et ma pomme boit de l’eau tiède du robinet malgré la chaleur du moment, histoire de me faire comprendre que j’aurais dû acheter de l’eau en bouteille. Bel esprit. L’entrée arrive enfin (que c’est long): « pressé de joues de bœuf confites, croustillant au piment d’Espelette, sauce Gribiche à ma façon ». Une grande écuelle en terre cuite avec un petit et fin parallélépipède qui ressemble à un os à moelle. L’os c’est le croustillant, la moelle, c’est les miettes tassées de joues, dedans. A l’œil c’est amusant, ça fleure bon la géométrie de Top Chef et toutes ses billevesées télévisuelles qui essayent de nous faire rentrer dans le citron que la forme est plus importante que le fond. D’un plat qui aurait pu être gourmand vu l’intitulé, je n’ai vu que prétexte à exercice de style sans fond de jeu. Raté, sauf la délicate vinaigrette des 3 feuilles de salade qui accompagnent. 12/20.

Après ce truc qui flingue l’annonce d’une cuisine vive et créative, j’ai attendu (trop longtemps encore) mon « dos de cabillaud rôti, carottes et pistaches glacées au sirop de citron, crème de carotte et sabayon à la pistache ». Tiens? Le cabillaud est aussi un parallélépipède. Ça doit être la mode du moment. Poisson frais mais tellement trop cuit. Forcément quand c’est radin de la portion, la cuisson est risquée. Les saveurs se carambolent, sans unité de sens. Ça fait penser à ces musiciens de free-jazz qui s’éclatent comme des bêtes sur scène et toi, tu comprends rien et tu écoutes poliment. Aucune joie, pas de gourmandise. 8/20. Pas loin d’une paire d’heures: j’ai laissé tombé le dessert et le café, les jeux sont faits. La patronne a souri au moment de l’encaissement. D’ici à penser que j’ai déjeuné dans une adresse caricaturale du Luberon, ya pas loin Firmin.