La Voute

0.5

Un centre-ville agréable en cette saison, place calme, architecture sage à chaque coin de rue.

L’élu du jour bénéficierait d’une direction récente. La façade ne fait pas envie ou alors, envie de tourner les talons. Mon boulot est d’aller plus loin. Si je m’arrête aux apparences, je loupe forcément des bons plans d’assiettes. Dedans, une imposante voute de pierres, en face le taulier, à droite les cuisines ouvertes, à gauche une salle pas très grande, trop sombre et très bruyante. Pas à cause des clients, mais à cause de la télé. On n’a pas idée de mettre la télé aussi forte dans un lieu qui reçoit de la clientèle en repos du guerrier qui vient de faire des kilomètres en bagnole. En plus, la hotte évacue au moins partiellement à l’intérieur sous la fameuse voute. Malgré la hauteur sous-plafond conséquente, le pull des messieurs et les bouclettes des dames rentreront au boulot avec un souvenir odorant. Et puis le dab s’est approché militairement de ma table en disant « je vous écoute ». J’ai répondu « que voulez-vous que je vous dise? ». Silence peu gênant pour moi, j’ai l’habitude.

Alors il pose ensuite les ardoises avec une quinzaine d’entrées/plats de 14€ à 28,50€ excitant comme du Flunch: tartare, entrecôte, salade chèvre chaud, carpaccio, burger, gambas, lasagnes… un peu abattu devant tant de banalités, j’ai failli bifurquer sur une des pizzas de 10€ à 15€. La table voisine m’a sauvé en jouant le premier de cordée: pizzas fines et pâles comme des tortillas. Le pire, c’est que la huitaine de clients présents prend des pizzas. J’ai donc osé le plat du jour « saumon à l’oseille, riz ». Très long à venir mais passons. Faut hiérarchiser les problèmes sinon on ne s’en sort plus. Un filet de saumon blanchi avec sa peau parsemé d’herbe, encore congelé à cœur. Timbale de riz non salée avec sur le dos une persillade brûlée marron foncé, et puis des feuilles de salade en sachet dure comme du bambou qui trempe dans la crème. Forcément, la vinaigrette se mélange aussi à la crème. Un dessin? Pierre Troisgros qui créa la recette doit se retourner dans sa tombe. 6/20 pour 12€.

Comme la maison ne prend la CB qu’à partir de 15€ et afin d’éviter une éventuelle confrontation qui m’aurait fait monter ma tension, j’ai lâchement osé un dessert pour dépasser ce seuil de 15€. Une « tarte tatin ». Ils se sont mis à trois dessus. Une dame qui tient le plat de la tatin entière, le patron qui en coupe une part et le cuisinier qui la réchauffe. Bravo pour le travail d’équipe. Faite maison, sauf la pâte. Les pommes sont confites à l’eau, ce qui est rare, faut déposer un brevet. Du coup, pas de caramel sinon le topping industriel versé sur la chantilly en bouteille et la boule de glace vanille. J’étais content, j’ai mangé un peu vu que mon plat, pas trop. 6€ et 9/20. Juste après, le responsable a mis de la musique forte. Oui. En même temps que la télé déjà forte. Pointe à plus de 90 décibels selon mon appareil de mesure. Hein? Non, pas de café, merci. A cause de la fumée, j’ai roulé vitres ouvertes pour m’aérer les bouclettes et les dessous de bras, et j’ai choppé un coup de froid. L’opération dégazage n’a pas empêché Mauricette de venir me renifler la tonsure: « dis-donc… t’aurais pas bouffé du chinois ce midi? ». Ah oui. 30% de remise en passant par le site pour gogos de la promo « La Fourchette ». Désolé d’avoir été long, mais fallait bien ça.