La Villa Saint-Antoine

1.5

Un de ces séculaires mas de pierres comme en regorge le canton, une bâtisse magnifique repensée de frais dans les codes d’un luxe sage et reposant, exonérée de clinquante quincaillerie futiles et autres breloques ikéatiennes qui garnissent les espaces des établissements communs déprimants.

Travertin au sol des terrasses, fontaines, oliviers déjà âgés autour de la belle piscine alors que cette beauté naquit en juin 2018 si j’ai bien compris. Mais je ne suis pas sûr. Accueil d’un maitre d’hôtel dont j’ai bien noté à la nonchalance vitreuse de son œil qu’il m’aura furtivement pris pour un vendeur d’extincteurs. Il m’a installé dans une des salles possibles, devant un impressionnant pan de mur de bouteilles (pleines) et face aux cuisines. Pas mieux. Tous les sièges de la confortable salle possèdent des roulettes, j’ai discrètement fait joujou avec la mienne comme avec un chariot de grande surface quand j’avais 8 ans. Bref! Vu le standing affiché, les tarifs semblent une affaire. Menus et carte indisponible ce midi, juste le menu à 26€ avec deux propositions à chaque étage. Bricoles pour patienter, olives vertes croquantes, poivronade violente, croutons. Avec un verre à 8€ de fond de magnum Maravilhas Pradau blanc 2014 éventé: quel dommage! Signalé au maitre d’hôtel qui s’en tape.

Début avec le ressassé « œuf parfait bio, blettes, champignons de saison ». Un bol avec au fond, l’œuf recouvert de crème champignon et de légumes émincés. Manque d’assurance dans la réalisation mais bon, et le pain aussi: 14,5/20. Drame intégral avec la « bourride, aïoli et croutons ». Quand l’idée de plat terroir est alpaguée par le genre gastronomique, ça sonne souvent faux pour ne pas dire ridicule. Le radin effarant de la portion est ici un sacré avantage tant c’est mauvais. Assiette amenée chaude (ouééé), présentation alambiquée, deux bouts de pain et un crouton en triangle avec un aïoli farineux (trop de pomme de terre) non assaisonné, non salé, rien. Tout juste l’ail. Une patate cuite du jour coupée en 4, une sorte de sauce non liée marron clair qui laque à peine le fond de l’assiette. Non assaisonnée, non salée, rien. Au milieu, un petit bout de poisson blanc desséché par le four, le gout du vide. Non assaisonné, non salé, rien. Pathétique dans un tel lieu, mais ailleurs aussi. 7/20.

Le dessert s’annonçait réconfortant: « macaron chocolat, mousse mandarine, marmelade de kumquats ». Travail circulaire de pâtissier fébrile, macaron dur (sorti du frigo, faudrait un couteau), pas de mousse mandarine mais comme une crème pâtissière timide en agrume, pas de kumquats, je n’attendais que lui pour combattre le sucre du chocolat. 12/20. Service masculin/féminin qui semble conscient de la cata, tout en compensation. Carte des vins ambitieuse. En cuisine pendant le service, les carcasses de viande en plein air sont entassées sur un chariot en attendant d’être portionnées, de 13h à 14h30: heure de mon départ. Bref! Une machine de guerre pensée pour le plaisir avec l’essentiel qui manque à l’appel: une cuisine digne de ce nom. C’est que « Le Bouche à Oreille » n’est pas un catalogue de papier glacé qu’on pose sur la table du salon genre « maisons et décors en Provence », vous comprenez.