La Terrasse

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Des nouveaux dans le village, de quoi apporter un peu de fraicheur.

J’ai attendu un bon moment debout planté devant la porte au milieu d’une terrasse bien occupée. C’est drôle de se sentir le centre du monde avec plein d’yeux autour qui vous regardent. Faudrait savoir s’asseoir sans y être invité, je n’ai jamais su, c’est peu poli. De faire attendre le client debout non plus, remarquez. Bref! La dame arrive! Menu ardoisé 28€ avec formule 24€. Et plein (trop) de suppléments pour les plats. Je n’ai jamais aimé les suppléments. Les idées sont alléchantes, comme « œuf fermier aux pleurotes, crème d’épinards, chips de lard ». Dommage: c’est glacé. Difficile de sentir le propos tant le froid bloque. Crème d’épinard, gros morceaux de champignons, et œuf et même le chips: tous glacés! 14/20 quand même, manque pas grand-chose.

Chaud: « râble de lapin farci aux herbes, écrasé de pdt, légumes de saison ». Légumes bien valorisés par une préparation adroite et colorée, asperges de septembre: d’où viennent-elles? Deux pâles tranches de râble en dodine, cuisson sous-vide. Un peu de coloration pour lui ne nuirait pas au gout et à l’œil. Par contre, le cuisinier est bon saucier inspiré des latitudes exotiques, joli travail d’assaisonnement. 14,5/20. Je voulais éviter le sucré mais vu les belles idées, final avec « fraîcheur pêche-mirabelle, sablé au thym, chantilly au miel ». Un sablé agréable, une préparation fraîche avec une purée de pêche, esthétique minimaliste réussie. 14,5/20. 28€ est un tarif plutôt correct mais faudra slalomer à travers les fameux suppléments. Intrigué par l’indéniable style culinaire et comme c’était plutôt bon, je me suis présenté. Lui est originaire de l’Equateur.

Le couple de trentenaires est passé par quelques maisons de prestige notamment du côté des Alpes-Maritimes. Sous des apparences presque délicates et souriantes (on appelle ça de façon pratique « la sympathie »), un peu de modestie sincère ne nuirait toutefois pas à l’idée. Car probablement mal habitués par les « journalistes » et autres blogueurs serviles courbés et aux ordres des chefs, les deux s’autorisent à m’avertir fort sèchement « ne pas vouloir paraître dans Le Bouche à Oreille ». C’est bien peu à la mode dans la presse gastronomique, mais ont-ils compris que c’est encore moi qui décide du contenu de mon propre guide de restaurants?