La Tartane

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L’orthographe ne fait pas le moine, m’enfin quand même.

Quand on tient un restaurant, on doit savoir que « daurade royal » s’écrit « royale », et que « suggestions » prend deux G et un S quand elles sont plusieurs. Et d’autres arrache-œil encore. Il serait toutefois dommage de s’arrêter à ce triste constat qui engage aux préjugés. Car l’accueil de madame est plutôt amical dans son automatisme souriant, et la cuisine de monsieur gentillette. Ce sont les nouveaux propriétaires de « La Tartane ». Oui, car je vous rappelle qu’avec Mauricette, on déjeune sur le port de Toulon et que le pire est toujours possible! Ah bon? Comment ça? Je ne vous ai pas dit qu’on balade sur le port? Alors c’est fait!..

NRJ télé avec les braillards coutumiers dans la salle, nous mangerons donc en terrasse. Les propositions de plats font des aller-retour entre banalités ordinaires (tartares en tout genre, salades, moules-frites), la Provence (daube de poulpe, daurade royale au four…) et une cuisine des iles tendance réunionnaise: steak de thon à la créole et un « rougail saucisse de la Réunion ». Les copains, c’est sûrement le mieux. Pourtant la sauce sans tomate fraiche est très grasse, elle suinte d’huile ajoutée. Le riz est un riz rond blanc banal, non parfumé coco ou autre. La pluie de persil congelé sur l’ensemble est évidemment superflue. 12/20 pour 15€. Les « moules créoles » de la dame au chapeau vert sont bien cuisinées. Bon, il s’agit exactement de la même sauce que mon rougail. Ça doit être pour les économies d’échelle. Le problème vient des frites congelées et précuites dans la matinée. Elles plombent la moyenne puisque 12/20.

Les desserts valent 7€. Presque un bifton de 50 francs. 7€ sauf la « crème coco maison » à 6€. Servie comme une petite crème brûlée, agréable même si un peu trop cuite pour une crème: 13/20. Verre arkoroc, serviette en papier. Une cuisine avec un cuisinier mélangeant plus ou moins habilement le frais et le sous-traité à l’industrie. Ça sent quand même la frénésie du tiroir-caisse aux entournures, emplacement oblige. Le succès de la maison est étonnant, mais le port à ses raisons que la raison ignore et le service de madame sait y faire pour fidéliser le chaland. Et puis 2€ le mauvais café Henri Blanc en fin de parcours, ça fait mal à la tonsure.