La Pequena Boqueria

1.5

Entre préfecture et Castellane, rue Edmond Rostand, entre Rome et Paradis, une histoire « d’entre » puisque cet établissement est à mon avis « entre deux eaux ».

Vu le décorum et l’ambition affichés, je m’attendais à beaucoup mieux mais ça aurait pu être pire aussi. L’épicerie ibérique du début écarte désormais les coudes dans le local mitoyen transformé pour la cause: elle propose une restauration basée sur le tapas. Boutique fort alléchante, vins, huiles, vinaigre, bocaux, conserves, biscuits, charcuteries et fromages exposés dans une vitrine réfrigérée derrière laquelle un monsieur et une dame un peu froids (aussi) accueillent le client. Pour la chaleur hispanique, on repassera. La dame ne s’est même pas retournée, c’est vous dire. Enfin bon. La carte. Une colonne de plats (5€ pour la salade verte à 16€ pour l’assortiment de fromages) et une colonne de ces mêmes plats en version tapas, de 4€ à 6€. On comprend vite qu’il n’y a aucune cuisine, je veux dire d’endroit pour cuisiner avec du matériel. A ce jour: elle serait prévue pour fin aout 2018.

C’est bien gentil, mais moi client, je paye aujourd’hui et pas demain pour tâter une cuisine qui n’existe pas encore. Confirmation rapide avec des « Patatas Bravas (façon pequena boqueria) » à 5€. 4 patates à l’eau micro-ondées avec peau et tartinées d’une sauce orange agréable: tomate, poivrons, piment… Pas de friture, pas d’ail. Une digression décevante de la recette gourmande d’autant que le patron-serveur repousse indélicatement notre remarque: « c’est pareil, c’est la sauce qui fait les patatas bravas ». Prends ça dans le pif ami client. 8/20. « Artichaut, Serrano, et copeaux de Manchego » sont rigolos. Un filet d’huile d’olive pollué par de gros traits de balsamique. Petit cœur d’artichaut en bocal, fromage et jambon si fins qu’on voit à travers. 12/20 pour 6€ quand même. Le mieux sera « tostada de queso de cabra/jamon Serrano/nueces y abaricoque ».

Deux toasts de pain avec Serrano transparent, noix et abricot sec posés sur une rondelle de bûchette basique tiède. Passée au four, l’idée aurait pris de l’envergure. Mais non. 5€ et 14/20. Nul, « l’assortiment de 6 croquetas (crevette, morue, viande bœuf) ». 9€ pour des croquettes molles, à peine réchauffées. Je ne vois pas l’intérêt de vendre un truc pareil de sous-traitance dans un restaurant. Faudrait au moins une friteuse pour les rendre séduisantes. Sinon les huiles et piments sur table, aucune sauce n’est proposée avec ces 6 étouffe-chrétiens. 6/20. Bref! Vus les tarifs: pour l’épicerie et les vins, point barre.