La Nonna D’Oro

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Début janvier et pourtant, le port est animé et certaines terrasses sont bien remplies.

Dans les rues derrière, c’est plus compliqué: la foule attire la foule. Et la vue mer attire la foule. Enfin bon. Puisqu’on m’avait signalé la reprise de cette adresse (ex-Romano) posée en bout de quai, fallait voir. Et surtout gouter. Le serveur est aimable, m’autorisant à délaisser la terrasse du rez-de-chaussée pour la salle à l’étage parée de nappages blanc. On dirait qu’on est dimanche avec les beaux verres et la vue sur le port, chuis content. En plus, la carte n’est pas trop longue, met en confiance, puisant ses idées dans une Italie de pâtes, de risottos, magret, filet de bœuf, cabillaud, gambas… 6 entrées de 14€ à 17€, moins d’une dizaine de plats presque aux mêmes tarifs de 15€ à 25€. En confiance (je me répète), je vise la « sole meunière ». A 25€: le plus cher de la carte donc. Le serveur jure « croix de bois-croix de fer » qu’il s’agit de pêche locale. J’ai pouffé, il a remarqué. Enfin je crois.

Alors m’arrive ma sole. Ce serveur me tire les filets, merci, c’est aimable. Quand je lui pose la question de ce qu’est ce liquide vert avec du persil, de l’huile d’olive et de l’ail, il me répond avec l’assurance de celui qui vendrait du vent à Frédéric Mistral « môssieur, cette sauce est la base de la sole meunière ». On ne me l’avait pas encore faite, celle-là. Et puis: poisson à peine coloré sec comme un coup de trique, un boulot a minima. Et forcément je remarque l’absence intégrale de beurre salé noisette, de jus de citron, de poivre etc. Des libertés avec la recette alors forcément, je suis déçu. Si je n’appose pas un zéro flambant à la note générale, c’est que les légumes sont bons. En effet, carotte, navet, topinambour sont parfaits: lustrés au beurre (eux). Moins d’à-propos avec la purée de vitelotte trop aride.

Loin de la recette attendue, et l’aplomb du serveur m’expliquant la « meunière » mérite un César pour « la vérité si je mens 5 ». Cher môssieur, vous comprendrez bien que si les gens s’y connaissaient un tant soit peu en gastronomie, ils ne viendraient pas manger sur le port de Cassis. Pas faux. 11/20 et je suis très gentil. Vu le bricolage, je n’ai pas trouvé nécessaire de pousser au dessert. Ils sont pourtant facturés à 6€, ce qui est correct vu le lieu… M’enfin vues les libertés prises par la maison quant aux définitions du Larousse gastronomique, si ça se trouve le fondant au chocolat est un clafoutis au café, et la poire Belle-Hélène un sorbet framboise aux fruits de mer.