La Gare’Gotte

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L’ancienne gare de Trans transformée en restaurant, belle idée née en 2014.

Mais attention! Pas la géante Saint-Charles à Marseille! Ni même celle de Toulon! Une de ces petites gares de Province comme il en existe mille condamnée à fermer son service par les rond-de-cuir « aménageurs du territoire » sous prétexte de modernité et de rentabilité, fadaises qui font l’aubaine du lobby des goudronneurs d’autoroute et des comptables à la petite semaine qui montent à Paris en TGV. Enfin bon. Le propriétaire est charmant, il promène sa britannique soixantaine en salle. Madame cuisine, et il est plaisant d’entendre quelques rires de bonne humeur à travers le passe-plat. Seulement voilà. D’un côté: grillades, filet ou entrecôte avec frites maison. L’autre côté est plus cuisiné, plus original. Comme je ne suis pas du genre à me palucher 200 bornes aller-retour pour le même bout de viande grillé que je trouve au bout de mon pallier, je vise les recettes recherchées.

Menu 18€ avec en entrée « verrine de cèpes et magret fumé ». Du fromage battu, c’est bon, et comme le pain l’est aussi, je n’ai pas boudé mon plaisir. A côté, feuilles de salade verte polluée par trop de balsamique qui éteint intégralement l’huile d’olive pourtant de caractère. 14/20 quand même. Et puis la « cuisse de canard confite et chou ». Il caille un poil dans le restaurant et le plat à plumes est tiède. Une cuisse de canard confit tiède n’est jamais joyeuse. Je renvoie en cuisine, elle revient chaude avec des excuses. Le chou coupé fin est gras comme il faut, mais la cuisinière prend des libertés avec la recette: surcharge en épices. Infernal. De la cannelle et je ne sais quoi encore. J’aime pas la cannelle. Mal ajustée, elle vous flingue un plat avec ses gros sabots. Déco légumière enfantine à côté, pour ne pas dire franchement amateur. 10/20. Je sais les anglais généralement doué au rayon sucré. Voilà pourquoi j’ai foncé sur « bread and butter pudding » présenté par le serveur comme une tarte du jour. Il a oublié de me signaler l’avalanche de cannelle sur le machin, là encore. On n’a pas idée d’avoir une telle manie. Qu’on prévienne le client au moins! Chuis bon public pourtant! Mais là! Deux cuillères du pâté et stop! 7/20.

Maladresse oui, mais l’honnêteté intellectuelle est de mise dans la maison: produits frais, bon esprit, pain de qualité, serviette et nappes en tissu blanc de coton, toilettes nickel et parking bien pratique. Je suis rarement aussi désolé d’une critique sévère pour une cuisine pourtant « maison ». D’autant que le PLU de la commune a décidé de trucider l’esprit de ce mignon restaurant en flinguant la forêt mitoyenne située à l’arrière pour un gigantesque magasin Décathlon. Travaux, pelleteuse, poussière, bruit. Un rêve qui s’envole pour des tauliers qu’on suppose désappointés.