La Fabrique

4.5

Virée hors des habitudes avec Mauricette.

« Je veux connaitre le monde » qu’elle geindra en pyjama un matin, debout sur la couette avec son bonnet de nuit pour tenir ses bigoudis. Alors on a filé à 200 kilomètres car après, c’était encore plus loin. De ce côté de la Camargue: Le Grau-du-Roi. Alors pour le casting, fallait pas trop se tromper. Les rues de la ville sont tristes, les cartes des restaurants encore plus. Nous sommes entrés dans une taule (La Reine du Grau) qui semblait amusante. « Complet », alors le dab nous oriente sur « La Fabrique ». Qu’il en soit remercié: nous nous sommes régalés! Boutique pas grande, ça doit se bousculer en saison. Déco de bric et de broc, entre fin de stock, grenier de mémé, fond de tiroir et récup’ adroite. Ardoise avec 3 entrées, 6 plats, 4 desserts et un fromage. Détail: la tapenade de l’apéro est trop salée. Arrive le « foie gras poêlé aux fruits de saison et son pain d’épices ».

Deux belles tranches épaisses de foie gras bien saisies. L’idée s’intéresse aussi aux seconds rôles: confit de pomme et Granny Smith, poire pochée. Le pain d’épices ne m’intéresse pas trop: j’ai toujours préféré le pain rustique avec le foie gras. Pain à l’apparence rassurante, mais qui ne tient pas ses promesses. Bref! 15,5/20. Le « magret de canard, sauce vinaigrée à l’orange »: cuisson parfaite, entier. Jus qui fait parler le fruit et non le gras. Une flopée de garnitures pas banales: purée de potiron au gingembre et lait de coco, verrine de betterave rouge à aspirer, et un gâteau de pomme de terre, comme un millefeuille. Quel boulot! L’ensemble se sort des saveurs classiques juste ce qu’il faut, sans provocation. 15,5/20 encore. Mauricette sauce ses « bonbons de lotte et sa bisque de crevettes sauvages » jusqu’au bout. Garnitures similaires au magret. Cuisson sérieuse du poisson, jus puissant arrondi par une mousseline aérienne. 15,5/20.

Typiquement une cuisine de découverte, qu’il faut envisager sur un mode d’ouverture, sans préjuger, juste prendre. Les produits sont frais, viandes et poissons. Le reste n’est que mise en forme personnelle. On aime ou pas. Les desserts n’y vont pas avec le dos de la cuillère. Nous avons zieuté l’intégralité des propositions sur la grande table voisine. La dame au chapeau vert a choisi le seul absent de son tour d’horizon, la « tarte aux myrtilles ». Copieuse et intégralement maison. Sans doute trop pâtissière pour une fin de repas, façon « goûter de sortie de classe pour les gosses ». 14,5/20. Carte des vins suffisante. Service qui fait son train-train, qui se fait un peu prier pour donner des explications aux assiettes qui en exigent. La dame en cuisine est très souriante. Autant que le monsieur ne l’est pas. Il ne dit pas bonjour, comme dans un rythme de fin de saison blasé. Il ne dit pas au revoir non plus, ça sent bientôt les congés.