La Citadelle

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L’adresse aura eu des hauts et des bas.

Surtout des hauts: restaurant d’étage. L’intérieur a été réaménagé avec soin par les nouveaux, l’art de la peinture s’y exprime avec gout. Ardoise des vins pas bête, sinon l’insupportable récupération des héritiers du dessinateur Charb de Charlie Hebdo qui cèdent les droits d’un dessin d’étiquette de Bandol à un vigneron opportuniste, domaine Ray Jane! Vin rosé, bien sûr! Histoire de chopper les bobos en goguette cet été et de leur faire verser une larme en se versant un verre. Beurk… Bref! Question cuisine, l’idée des tapas. Plutôt risqué quand on sait ce qu’on nous fait gober sous l’étiquette. Sauf qu’ici, ils sont plutôt bons et faits maison. 19€ le kit de 7 tapas qui changent au quotidien. La petite serveuse est adorable, explique les choses. Œuvre une indéniable cuisinière, sans trahir de secret. La maison aime les secrets.

« Ensalada »: salade verte, rondelles de tomates, râpé fin de carotte, maïs, et surtout, délicieuses brunoise d’oignon confit, 13/20. Présenté en rondelles, le « poulpe mariné ». J’ai toujours préféré le salé, mais l’excellent coulis sucré joue le 1er rôle: 14/20. Les « croquettes de thon » frites sont malignes, comme des biscuits avec la sauce tartare servie avec. 14/20. Le « gratin d’aubergine » est le moins bien. Pas gratiné, ce qui est toujours embêtant pour un gratin. Et absolument pas salé. 11/20. La « tortilla de patatas » est agréable et surpriiiise: une mini tranche de jambon à l’intérieur! Rare! 14/20. Le « porc aux amandes » joue avec l’onctuosité grassouillette, 14/20. Déception avec « milhojas », autrement dit, millefeuille. Chocolat fondu très bien, mais ce genre de dessert crémé s’accommode mal d’un dressage prématuré: c’est mou, mais alors mou… 11/20 pour le chocolat. Voilà pour le repas.

Le pain étant excellent, je demande à la serveuse sa provenance. Gêne visible: il en pose des questions lui! C’est que madame la patronne observe: elle dîne à une table voisine. Elle prend la parole d’une façon qu’elle suppose pédagogique pour sa serveuse, et probablement polie pour ma pomme: « le pain, c’est un secret » avec un grand sourire étiré d’actrice hollywoodienne qui monte les marches. Genre « de quoi je me mêle? ». C’est vrai quoi! T’es juste client, alors tu la fermes. Comme si elle avait honte qu’un industriel fasse du bon pain, ce qui existe. Alors elle pirouette, ce qui prête à sourire quand on sait qu’au restaurant la mode est à la « transparence des produits ». Enfin bon. Déception humaine et snobisme agressif de la patronne, mais cuisine plutôt originale et magnifique exposition de tableaux.