Feel Food

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Du côté de l’opéra, la placette Sibille et ses multiples restaurants!

Le premier de la brochette racole sec devant son pas de porte avec ardoise, parle fort. Il sait trop que le client entre sur la placette comme on entre pour faire le marché. Le chaland fait son casting alors il dégaine avant les autres. Vu l’enthousiasme de ce jeune, je me suis dit pourquoi pas? Il caille un peu et la terrasse est à l’ombre. Dedans, c’est tout petit avec ses dix chaises, travaux non achevés. Peinture des boiseries, des murs, pagaille sur table et surtout mes petits pingouins: on se les pèle plus encore dedans que dehors! Et la direction qui fait des va et vient laisse la porte ouverte! J’aurai dû partir mais j’ai voulu aller au bout du truc. Comment peut-on ouvrir un restaurant dans de telles conditions pour le client?

Une fois assis (et surtout pas avant), le jeune s’excuse de la pagaille, des travaux, de l’agitation: « on ouvre parce qu’on a un loyer qui tombe ». Autrement dit, on sait ne pas être prêt et on ouvre quand même. Une vision amusante du métier, assez commune dans le monde perturbé de la gamelle. Ardoise avec quatre ou cinq plats de tendance végétarienne, majorité de froid: pas le jour. Le jeune a dû voir que je claquais des ratiches alors il me conseille le « poisson du jour » qui est chaud. Aujourd’hui, « saumon sauce chimichurri ». Alors un autre monsieur arrive de l’extérieur avec mon plat. Curieux. « Bon appétit ». Oui, merci. Un joli filet de saumon frais de belle qualité cuit parfaitement, mais tiède. Un riz gluant tiède aussi et non salé, un mélange de feuilles de salade en sachet avec un filet d’huile d’olive. Et la sauce ail/persil/piment à part, tant mieux: trop violente en ail mais c’est son style! Manger tiède en hiver, laisse tomber Albert. 12/20 pour la volonté de bien faire et le joli saumon. 12€. 13€ avec le café qui lui aussi, vient de l’extérieur.

Et puis l’addition aussi, elle vient de l’extérieur. D’à côté pour être précis. Car j’apprends que les parents de l’énergique jeune homme tiennent le mitoyen « Art Café ». Autrement dit, le « Feel Food » puisqu’il se nomme ainsi, est encore moins prêt que je ne le supposais en y entrant. Déjà que le racolage de l’affamé sur le trottoir est une pratique gonflante, mais quand c’est un loupé, tout le monde y perd. Dehors, un duo de photographes prenait en photo des plats pour ensuite les glisser sur les réseaux sociaux. Il en va ainsi du monde d’aujourd’hui: la charrue avant les bœufs. A quand un restaurant virtuel?