Délices de L'Étoile

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Je ne sais pas ce qui m’a pris.

J’y suis entré en évitant soigneusement de succomber aux préjugés coutumiers quand on remarque l’absence de menus affichés en devanture, ici remplacés par des cartons grossièrement gribouillés avec un marqueur: couscous, tajines, bricks, chorba, gâteaux. Romantique comme tout collectionneur de la série Arlequin, je crois toujours à la possibilité de perle dans l’huitre, au génie inconnu, au strict talent en cuisine qui nie les codes coutumiers d’une communication rassurante pour le chaland. Bref! J’entre, donc. Sinon une dame qui regarde la télé à fond les décibels, personne dans la petite taule avec un bar, 12 chaises de restaurant chinois et au mur une photo des lacs des Pyrénées. Elle se lève (pas la photo, la dame) en m’invitant simultanément à m’asseoir, je la dérange forcément dans son feuilleton.

Plus elle diminue le son de la télé avec sa télécommande, plus j’entends dans la radio Michel Sardou du côté du bar: « je vais t’aimer ». Je vais manger avant quand même, mon Michou. Peu de propositions: deux tajines dont un aux petits pois plutôt tentant: c’est la saison! Sauf que la dame m’avoue avec honnêteté que c’est de la conserve. Bon. Alors « couscous poulet » siouplait! Allez hop! C’est parti mon quiqui… mais la dame revient de la cuisine au bout d’un moment: « vous ne voulez pas plutôt un couscous agneau? » qui précède d’obscures explications. Curieux. Elle me séduit: « l’agneau, c’est de l’épaule ». Alors parfait. Après un nombre important de « ding » de micro-ondes, m’arrive finalement le truc. Une petite souris d’agneau précuite. Une semoule immangeable au gout et à l’odeur de plastique chaud. Un bouillon triste et peu cuisiné avec des pois chiche, trois gros bouts de carottes, une demi-patate que j’avais pris pour du navet quand elle émergeait, une portion de courgette.

Quand on sait comment je cuisine, je m’auto-affole de me dire faire probablement mieux. 7/20 pour 12€. Elle est là mais je ne la vois pas: la dame assise derrière le comptoir penché sur son téléphone ne m’a pas vu terminer prématurément mon repas. J’ai donc attendu longtemps, longtemps… Comme elle ne venait pas me proposer un café ou un dessert, alors je suis allé payer au comptoir. Fallait bien me décider. Elle a fait une moue polie quand j’ai demandé à régler par CB, ce qui sera finalement fait. Note demandée, à l’ancienne, sur un bout de papier pour prise de commande, coup de tampon. Tout cela ne serait rien si c’était bon, mais non. Pas de perle dans l’huitre.