Côté Place

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Un centre-village d’automne curieux, comme au ralenti malgré le marché.

Contraste avec le côté port, plus animé. Comme si les bateaux amenaient de la joie et les platanes de la tristesse. Cette petite adresse de la place de la mairie semble exister depuis toujours ou presque, un bistroquet de village avec des tables sous les arbres, d’autres devant l’entrée et d’autres encore à l’intérieur dans un semi bric-à-brac, coudes à coudes obligé, comptoir dépassé par les événements, bouteilles d’eaux en plastique au sol… mais sièges confortables et tables propres. Engoncée dans un quotidien qui doit la blaser, la direction ne fait pas attention à ma dégaine de vendeur-stagiaire chez Renault, comme je les comprends.

Alors j’ai attendu un peu. Bien sûr que ça bosse dur, mais on peut avoir la tête dans le guidon et glisser un bonjour, histoire de faire croire qu’on est professionnel voire même avec un peu de convictions, qu’on est content de voir entrer le chaland dans son restaurant. Enfin bon. Une douzaine d’entrées/plats: tartare, carpaccio, spaghetti, lasagnes, andouillette (2 sortes), une demi-douzaine de salades et un menu à 20€ avec alternative à chaque étage. Dont j’ai ciblé la « salade niçoise »: pas grand-chose de niçois sinon le nom. Feuilles de salade très fraiche, demi-œuf dur, mauvaises olives noires pas du tout niçoises, filets d’anchois en pot, tomate, haricots verts en boite, betterave rouge cuite. Pas du tout « very Nice » comme dirait Mauricette. 9/20. Suivra « tajine de poulet aux pruneaux, semoule ». Ça sent le multi-réchauffé et la fin de stock. Mais un tajine multi-réchauffé, à l’instar d’autres plats cuisinés souples de caractère, reste généralement bon. Pas de miracle: le poulet est du même niveau que les olives de ma salade. C’est vous dire la misère.

Confinée dans un rôle strictement mécanique, la sauce sert juste à manger la semoule. Pas fini. 11/20. Le miracle a failli se produire avec les desserts qui sont tous annoncés « maison ». En tous cas la « mousse au chocolat » l’est, pas trop sucrée en plus. La dame m’a demandé si je voulais « de la Chantilly dessus ». Négatif mon capitaine! J’étais heureux qu’on demande son avis au client sur la question. Sauf que sur sa mousse au chocolat correcte, la dame balance sans mesure une avalanche de topping au chocolat industriel. Une horreur. Bref! 12/20. Sur une jolie place de village qui avait tout pour terroriser mes petits tracas et faire déguerpir mes angoisses ordinaires, j’ai failli trouver la perle mais l’huitre était vide. Du moyen, encore ce moyen qui flingue notre quotidien à pas de loup et petit feu.