Chez Laurent

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Au milieu d’une médiocrité ambiante avec son avalanche d’endroits pour manger, voilà un restaurateur qui a décidé de ne pas tomber dans la banalité balnéaire.

La boutique ne date pas d’hier, dure. Au Lavandou, l’initiative donne le sourire: faire bon à manger, l’idée fonctionne dans le temps, quand on travaille à l’ancienne, qu’on fait les choses dans l’ordre, qu’on s’attache de personnel compétent, quand on forme des apprentis. Bref: faire le job. Dedans c’est pas grand et c’est plein de clients au coude à coude. Alors forcément, ya du boucan. L’accueil du muchacho est sec, un apprenti mais la responsabilité est un peu lourde pour lui, patience, ça viendra. Une formule et des menus, une carte. Vu qu’on se frotte les côtelettes entre tables, j’ai tout vu à 360°. Nombre d’attablés habitués s’entichent du menu du midi vendu 16€. Certains confrères de « Laurent » devraient prendre modèle: du menu à 16€ à celui à 45€, le client est choyé et les assiettes travaillées avec soin.

Un des fondamentaux du restaurateur sérieux. 16€: une « soupe de poisson » correcte avec sa tonique rouille, c’était bien. 14/20. Belle surprise avec « dos de cabillaud moutarde » dont le sobre intitulé signe une modestie de travail et une absence de prose violoneuse de nom de plat. Morceau généreux cuit impec’, sauce crémée travaillée, moutarde en grain, oignons, ciboulette… une inutile tomate provençale et surtout, un délicieux risotto crémeux réussi (jolie cuisson) et une purée de chou rouge gourmande. Une cuisine « beurre-crème » qui trahit les origines septentrionales de la direction. Point de vue régime, faudra boire un hectolitre de thé vert pour grimper sur la Terraillon, mais c’est bon. 15/20.

Niveau dessert, la « Forêt noire » proposée dans ce menu à 16€ n’a pas été appréciée par la table voisine. Trop décalée de la recette académique, mais le gout y était m’a-t-on dit. J’ai donc assuré avec une « mousse au chocolat » comme j’aime, c’est-à-dire au gout de chocolat. Onctueuse, maternelle, j’ai 8 ans. 14,5/20. Le presque quinqua patron est jovial, présent en salle et du genre extraverti, hâbleur en version sympathique. Il possède le label d’Etat de Maitre-Restaurateur sur lequel nous avons beaucoup dit dans nos pages. Et une collection d’une dizaine d’années de plaques du Petit Futé sur sa devanture. Ce qui nous fait toujours rigoler puisque le Petit Futé mange rarement au restaurant. Ça n’enlève rien à notre constat concret: rare dans le coin, à quelques exceptions près.