Chez Georges

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« Chez Georges » à Maussane since 2018, planqué à deux pas de l’église.

Ouvrez bien vos oreilles de blasés: on pourrait évoquer un certain Paul en référence à notre grande toque nationale disparue récemment, tant la cuisine de ce « Georges » résonne de recettes des années 60/70 chères à notre cœur. Une cuisine « musée » dégommée en son temps par le « Gault et Millau » (« nouvelle cuisine ») et devenue plutôt rare. Probable que les accrocs de la Terraillon et obsédés de la serviette de plage fuiront: ça en fera plus pour nous! J’en vois de derrière mon stylo qui s’interrogent, recettes du moment: terrine de saumon aux avocats (une merveille observée table voisine). Terrine de homard et fruits de mer en brioche (vue aussi et réalisée comme dans les livres d’Escoffier). Charlotte d’agneau bio confit. Saumon mariné, blinis, crème citron. Carré d’agneau en croûte de pistache…

Repas avec une Mauricette aux anges: nappages, faïences et boiseries à l’ancienne. Nos plats, quels sont-ils Basile? Deux fines mises en bouche de saison imposent le cadre: « crème de butternut et Saint-Jacques », 15,5/20. La dame au chapeau vert: « filet de veau aux girolles ». Point de vue prose, c’est pas du Proust mais point de vue cuisine c’est du Chopin! Un saucier finaud au piano! Viande rosée, légumes laqués au beurre, purée de patate mixée au style signé! 15,5/20. Perso, menu 28€. Avec pour entrée « crème de potimarron, brochette de canard mariné ». Il arrive, creusé et rempli de sa gourmande préparation pas radine en crème, la brochette du volatile est anecdotique. 15/20. Avec la « quenelle de daurade, bisque », c’est pas la même manivelle. Quand on la voit venir pour titiller le désir, elle fabrique déjà le souvenir. Servie dans son ramequin sorti du four, quenelle gonflée comme un Tupolev, quelques langoustines pour décorum de luxe: j’ai compris l’école du chef, celle du bon! Et quelle sauce encore! 16/20.

Desserts tout autant maison, un inévitable « Baba au rhum » adapté aux circonstances. 15,5/20. Quelle beau moment de gourmandise! Une cuisine classique bourgeoise bien servie, aussi désuète que le cadre qui l’abrite selon les codes des modernismes en vigueur, mais franchement: on s’en tamponne le malabar. Un pur régal. Service de Monique Guy, bonne conseillère et épouse fière. Une affaire de couple qui se regarde encore dans les yeux comme des adolescents transis malgré les croche-pieds de la vie. Allez hop: on y fonce un de ces jour avec des amis ou qui vous voulez. Mais pas seul: cette cuisine se partage.