Chez Didier Et Brigitte

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La boutique a « pignon sur rue » depuis 1984, c’est vous dire si les tauliers ont vu passer du monde.

Nappes en papier blanc gaufré, kleenex en papier pour la moustache, set en papier avec la liste des plats, Badoit 50 cl en plastique vendue 3€, et service qui pousse à la consommation comme le camelot de la place du marché. Alors lui, il y va franco du hold-up! Le patriarche zieute la salle et pourtant il ne chôme pas: c’est lui qui fagote les pizzas. Heureusement qu’il veille au grain sur fiston, calme finement le jeu du jeune braqueur de CB. On appelle ça avoir l’œil, l’œil du briscard, avoir la psychologie de la clientèle.

Pour savoir si les compétences du dab s’étende avec autant de compétence dans le domaine pizzaïolesque, j’ai pris une « 4 fromages », délaissant ainsi les pâââtes, les viaaandes, les salaaades… pas radine en fromages cette pizza, c’est déjà ça. Un peu forte de Roquefort, aussi. Ce qui est vraiment bien, c’est que même bien chargée, on peut la manger à la main, cette pizza. Et ça, c’est du rare grâce à la pâte équilibrée qui ménage la chèvre et le chou. J’me comprends. 14/20 et 12€. Il fait trop chaud, j’ai impassé les desserts alors même qu’il semble être faits ici. L’affaire est confirmée « familiale » puisque madame est en cuisine, au fond. Terrasse animée mais bruyante: au croisement des rues Lodi-Tilsit-Alger-Village, c’est vous dire le va-et-vient.

La maison ne prend pas la CB, faut torturer le serveur-fiston pour faire ma note, elle sera gribouillée à la main mais avec le tampon quand même vu qu’avec ma dégaine de mannequin LIDL croisé Ribouldingue et Filochard, on m’aura sûrement pris pour un inspecteur des impôts. Serveur qui me fait bien comprendre que ça l’ennuie car le restaurant n’est pas assujetti à la TVA, patati et patata. Contorsions explicables puisque la maison existe depuis 34 ans, une pérennité que jalouse quelques confrères qui durent à peine une paire d’années. Mais qui ne savent pas faire d’aussi bonnes pizzas, eux.