Café Llorca

3.5

Les rues de Vallauris sont étonnamment tristounettes en cette chaude fin d’été.

On peut même dire que la ville a eu le pif d’accueillir une locomotive comme le « Café Llorca » à côté d’autres restaurants ou bars pour d’attirer le chaland du matin au soir. C’est que nombre de potiers et autres artistes n’ouvrent boutique qu’aux strictes heures de bureau. Bref! Avec Mauricette, on voulait se frotter à ce cuisinier, par ailleurs étoilé du guide rouge, dont nous avions dit le plus grand bien alors qu’il officiait avec son frère au « Moulin de Mougins » en 2007. Ambiance de brasserie soignée avec ses codes pour CSP+ qui feuillètent religieusement le michelin, serveurs(euses) recta, maitre d’hôtel instructeur. Fin de marché sur la place ensoleillée, un rythme sudiste un peu bruyant entre vendeurs de tomates agités en casquette et olibrius imbibés en tongs.

Ardoise 5 entrées et 5 plats, desserts à choisir en vitrine, des desserts de boutiques en vitrine que vous zieuterez en allant faire votre pipi si comme nous vous cassez la graine en terrasse. Comme à 13h Mauricette continuait de digérer ses 8 croissants du matin, elle a fait sage avec « thon mi-cuit, salade haricots verts et soja ». Elle apprécie la maitrise de la cuisson, obligatoirement unilatérale vue l’épaisseur de la tranche, 5 ou 6 millimètres. Mais de qualité, la tranche. Assiette très estivale, poisson posé sur une salade et recouverte comme d’une sauce vierge, sauf qu’elle met en avant épices et huile de sésame. Ça marche fort: 15/20. Je me frotte au menu à 32€. Vous savez? Le menu « bib gourmand »? Le fameux « rapport qualité-prix » du Michelin? On sent ici le passage obligé, la contrainte du cahier des charges imposé par le miche. Jusque dans l’assiette aux codes esthétiques imposés: « fraicheur de crabe, espuma coriandre et gingembre ». Présentation aussi circulaire que légumière, un talent certain pour mettre le produit en avant, fut-il celui de la ménagère. 15,5/20.

Le « magret de canard aux fruits rouges, poêlée de légumes du moment » est gentiment bon, pas de grand frisson. La moitié d’un magret, mais de qualité. Le fruit rouge n’est pas caricatural, pointe d’acidité qui coupe le sucré. Un peu trop de flotte au fond de l’assiette, le sang avec l’eau des légumes cuisinés simplement, grosses carottes, petits artichauts, grenailles et rondelles de courgettes. Le coup de moulin à poivre sera nécessaire pour motiver l’ensemble rustique (compliment), ce qui n’est pas dans mes habitudes à une table de ce niveau. 14,5/20. Le dessert est une déception. Pourtant, il tapait sérieusement à l’œil en vitrine. Un « praliné et noisettes du Piémont ». Joli parallélépipède au cordeau qui transpire à grosses gouttes. Et surtout avec sa base de pain de Gênes, le fond ne croustille pas: je m’y attendais avec délice! Du grand mou, du pas du jour et du dessert qui trainait dans le frigo. Faut pas gâcher. 12/20. Ensemble court à nos yeux pour une qualification dans les « Bib gourmands ». Un des mystères du Michelin… qui n’en est plus un depuis longtemps.