Auberge Du Camp

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Une vieille adresse, usée. Parking désert. J’entre. Personne.

Moi-même un peu vieux j’avance au milieu des vieilles tables parfois nappées, des vieilles pierres avec vieil éclairage industriel au plafond et prises électriques dangereusement esquintées sorties du mur, devant le vieux four à pizzas pose une vieille ardoise avec des noms de plats gribouillés, et quelques plantes pour égayer: il en faudrait tellement plus! D’un triste. Toujours personne, je veux dire un serveur ou quelque chose qui y ressemble. Je marcheu seeeul, sans témoin sans persooonne… Juste accompagné par les Platters dans les haut-parleurs: « only you ». C’est le cas de le dire. Arrivé au niveau de ce qui semble être la cuisine, je me penche ého-ého… ya kékun? Surgit la dame en tablier de cuisinier.

Je suis désormais assis, elle amène l’ardoise avec 6 entrées à partir de 13€ (jambon cru) et des plats à partir de 15€ (gambas à la provençale) sachant qu’il n’y a plus de confit de canard à 18€. Devant tant de banalités, je commande la formule du jour vendue 14€ avec un « sauté de veau ». Ça ira bien. Pour patienter, la dame amène des vieux feuilletés rances à l’anchois. C’est gentil, fallait pas. Et puis le sauté: il est vraiment très mauvais. Il trempe dans une sauce rouge-orange surchargée en fond en poudre et en rondelles de carottes molles à force de multi-réchauffage. Le gratin dauphinois est cuit à l’eau, on se croirait dans un centre curiste. J’veux pas maigrir moi! Je veux manger! Aussi, un fond d’artichaut dos à l’air trempe le pif dans la sauce. Je le retourne: il est noir. J’ai pas gouté, je garde un trop bon souvenir de la Bretagne. Le 5/20 est adapté.

Dessert? Oui madame. Voici une « tarte aux mûres ». Encore du mou. Autant que le fond d’artichaut, c’est vous dire l’amorphe. Je ne comprendrais jamais la raison pour laquelle on propose au client des choses qu’on ne mangerait pas soi-même. Ou plutôt: je comprends trop! 8/20. Pain lamentable de naissance, sec et dans le panier sur 5 morceaux: 3 bouts. Toilettes étrangement impeccables. La dame est d’une tristesse redoutable: elle cherche à vendre son affaire, c’est plus comme avant, les jeunes ne veulent plus travailler, ya trop de charges… le court échange m’a flingué le moral pour le reste de la journée. On ne devrait plus faire le dur métier de restaurateur quand l’envie prend la poudre d’escampette. Car du coup, les clients aussi.