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LOI DU 29 JUILLET 1881
OU LA SURCHARGE PONDERALE DU POIVRON
Les présentations n'ont pas été faites. Excusez-nous ! d'où votre courroux
monsieur Cyril Aussenac ! on peut le comprendre. Ça ne se fait pas de porter
un avis sur une personne qu'on ne connaît ni des lèvres ni d'Adam. Vous
attaquez donc bille en tête par lettre recommandée, "vous m'avez insulté et
diffamé". Première nouvelle ! On s'empresse donc de relire le texte
récriminé avec une loupe et on cherche, on cherche l'insulte, voire la
diffamation. On n'y voit que du bleu, pas la moindre allusion qu'on pourrait
apparenter à de la diffamation. Encore moins à de l'insulte. C'est pas le
genre de la maison. D'accord, on ne classe pas les frites parmi les
meilleures de l'année, on ne rend pas hommage à l'entrée qu'on a oublié
d'assaisonner, d'ailleurs c'est peut-être mieux ainsi, on s'en prend avec
ironie au côté amateur des acteurs mais si on ne peut plus dire les choses
telles qu'on les voit, vaut mieux remballer les outils et manger à la maison
comme ça on peut critiquer sa femme sans la pénible contrainte et labeur
assommant de l'écrire. Bref, on a sorti la loupe à dénicher le détail, celui
qui tue et qu'on ne voit pas à l'oeil nu. Et on n'a rien vu ! même pas un
zéro à la clef ! On charrie bien un peu la surcharge pondérale du poivron,
je vous l'accorde, mais y a pas de quoi en faire un drame ! on s'attaque à
la salade de fruits qui s'applique à ne pas être fraîche, qui a vieilli dans
une boite en pleine saison des fruits. C'est un banal constat plus qu'une
diffamation. Notre métier est une suite de constats, on n'y peut rien. Bon,
j'arrête là car tout le texte est basé sur les prestations du Sud et
uniquement sur les prestations. D'accord, avec notre style bien particulier
mais à l'heure qu'il est, en France selon la loi sur la liberté de la
presse, il n'est pas interdit de critiquer les prestations, toutefois sans
mots orduriers, infamants et insultants. Vous avez beau sortir comme une
menace la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, chapitre IV,
paragraphe 3, article 9 du code pénal pour demander des réparations
immédiates au risque si on n'obtempère pas de s'exposer à une procédure par
voie judiciaire, on n'en démord pas, vous êtes un restaurant plus que moyen.
LA MENACE, TOUJOURS LA MENACE !
S'il faut aller devant un tribunal, on ira, si vous préférez qu'on revienne
vous tester, on reviendra mais on ne cède pas sous la menace. On ne se renie
pas à la moindre menace. Et quand vous écrivez qu'on n'est pas venu dans
votre restaurant, là on a affaire à de la diffamation et pire une insulte
car cela voudrait dire qu'on a tout imaginé et qu'on est des affabulateurs
de grand chemin ! vous écrivez encore "vous avez publié (pas de z à la fin
monsieur) une infamie sur mon restaurant alors que je ne vous connais pas et
que vous ne connaissez pas mon restaurant". Elle est bien bonne celle là !
Non monsieur, on ne vous connaît pas mais on connaît votre établissement !
Voici l'addition comme pièce à conviction car contrairement à vos assertions
mensongères, on teste toutes nos tables, une pratique qu'ignorent tous les
grands guides institutionnels.
DE SURPRISE EN SURPRISE
On est allé de surprise en surprise poursuivant votre splendide prose comme
au hasard cette phrase : "Lorsqu'on prétend faire de l'information on
vérifie ses sources et on ne diffame pas des gens que ne l'on connaît pas".
Pourquoi, lorsqu'on connaît on peut diffamer ? Quelle belle conception de la
diffamation ! et encore, comme une apothéose du ridicule cette conclusion
qui donne un aperçu de ce que devrait être un guide sérieux à ses yeux:
"J'ai 23 ans (voilà une qualité irréfutable), j'ai créé ce restaurant l'an
dernier, (bon anniversaire), je subis des privations terribles, (une bonne
raison pour ne pas dire ce qu'on pense de vous) pour amener mon restaurant
au plus haut dans la qualité (y a encore du chemin à faire). Je ne vais pas
supporter que des gens que je connais pas, (encore ! depuis le temps, on
commence à se connaître !) détruisent ma réputation (pourquoi, vous vous
êtes déjà fait une réputation ? on n'était pas au courant !) en publiant des
ragots d'un certainement abruti, (ah ! là, vous franchissez la ligne jaune !
abruti est une véritable insulte ! nous, on n'aurait pas osé !) et le
contraire de ce qu'est mon restaurant. Si vous ne faites pas le nécessaire
immédiatement, (c'est quoi le nécessaire ?) j'adresserai votre article à
tous mes clients, (les pauvres, ils ne connaissent pas l'article du 29
Juillet 1881!) à mes fournisseurs, (eux ils s'en tapent encore plus de
l'article !) ainsi qu'aux syndicats compétents. (compétent compétent, comme
vous y allez vous alors !) signé Cyril Aussenac. Y a des littérateurs dans
les restaurants qui se baladent comme ça avec l'article du 29 juillet 1881
sous le bras. Et qui ont cette manie spécifique aux restaurateurs, ils font
écrire aux guides comme si c'était eux qui faisaient le guide ou qu'ils
avaient une quelconque influence sur les guides. Nous, pour ce qui concerne
le sud, on a eu notre quota de lettres mais envoyé directement par le sud.
Tout comme si c'était le facteur. Bizarre non !
LE SUD 50 bd Jean Mermoz 13700-MARIGNANE Tél. 04.42.09.26.17
Paul Bianco
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