Le Bouche à Oreille
Les Bonnes Tables, les Mauvaises et celles à éviter.
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L'os et l'Arête !

LE NOYAU DANS LA MAYO (6)

LE CLIENT PRESSE QUI VA AU RESTAURANT

Nous avons tous des exigences de temps: travail, rendez-vous... Mais lui, le pressé du restaurant n'a jamais le temps, n'a "pas que ça à faire non plus" même le dimanche. Pourtant il le prend parfois, ce temps précieux. Pour nous écrire. Et se plaindre de la prestation d'un restaurant référencé dans le BàO qui ne lui aurait pas donné satisfaction. Il a même appelé la police, pour se venger. Lorsqu'on est un véritable consommateur dans les tripes, on dérange même la maréchaussée parce que quand même, avec ce que je paye comme impôts, "c'est mon droit". Il aime chercher systématiquement la faille dans les "petits restos" qu'il fréquente, mais fait "oooh" et ne tarit pas d'éloges quand il zieute un grand chef à la télé, comme devant les étiquettes de grands vins dont il a vaguement entendu parler. Il parle souvent un peu fort à table, prend généralement un pastis en apéritif et boit du rosé glacé pendant son repas. Il claque des doigts pour appeler le serveur et l'instant d'après, le nez dans ses moules-frites, il analyse finement la société en grommelant que les jeunes sont de plus en plus malpolis. Il peut arriver qu'il déteste les américains. Il est pourtant écho de leur style de vie alimentaire imposé par les Mc Do et Compagnie quand il vilipende de toute son exigence le cuisinier sur sa supposée lenteur à préparer les plats et les servir. En subtil observateur de la société, le pressé du resto est le premier à se plaindre qu'on bouffe de plus en plus de plats "tout prêt" et de sous-vide confiés à la sous-traitance dans les restaurants. D'autres sont jaloux. Mais cette fois-ci, c'est "le pressé du resto" qui bénéficie du statut très envié de "noyau dans la mayo du trimestre".

La rédaction

[ Bouche à Oreille n° 64 ]