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UN LOINTAIN SOUVENIR.
La France qui peut s'enorgueillir de posséder les plus grands vignobles et
crus de la planète ne peut pas s enorgueillir de la même manière de ses
citoyens consommateurs. Pour faire court, on l'apparentera à un grand
connaisseur de bibine plutôt qu'à un goûteur averti d'élixir. Il semble
avoir du vin rosé une soudaine passion. Largement établi dans les
restaurants à longueur d'année, au point d'en avoir fait mes pénates, je
m'amuse à comptabiliser en pourcentage, ceux qui choisissent plutôt du rosé
quoi qu'ils mangent. Au pied levé, mes statistiques globales et à vue de
nez, vont chercher au minimum 80 %. Expliquez moi, braves gens et gentils
damoiseaux, pourquoi vous buvez autant de rosé ? Alors qu'en matière de
sous-produit, on ne peut pas faire pire ! Il doit bien y avoir une
explication à cet engouement ! Il doit bien y avoir un petit détail qui m'a
échappé ! Ne pas faire partie d'une majorité aussi écrasante prouve que je
n'ai pas tout compris. Au hit européen des buveurs de rosé, les français
arrivent largement en tête. A tel point que ce liquide où on se voit à
travers est devenu une véritable coqueluche de ce Français là ! Pour
illustrer mes allégations, il n'est que de lire la suite. Elle est édifiante
! L'autre jour, dans un restaurant, quatre tables sont occupées par quatre
familles en vacances entre la Noël et le jour de l'an. Y avait des italiens
qui buvaient du rouge, des allemands également et des belges du blanc car
ils mangeaient du poisson. Puis, il y avait une famille de français. Un
couple à la quarantaine bien sonnée, donc en âge de comprendre et
d'apprécier, accompagné de deux grands enfants. Hé bien que croyez-vous
qu'ils buvaient ? Du rosé bien entendu ! Seule nationalité à boire du rosé !
Seraient-ils devenus hostiles au vin rouge par réaction, trop gâtés par les
grands crus, par la mauvaise réputation de ce gros rouge qui tache et qui a
longtemps entaché la couleur où tout simplement qui par une psychologie de
sous-sol, hasardeuse et même erronnée, tend à persuader que le rosé est plus
léger que le rouge. Si c'était le cas, les scientifiques nous l'auraient
certifié et confirmé mais dans cette logique primaire, on aurait tout
interêt à boire du blanc. Le blanc n'est-il pas plus clair que rosé ? Donc
plus léger ! Et pourtant plus meurtrier que le blanc y a pas. Ou si, encore
plus blanc ! C'est donc bien dans la tête ! Et en tout état de cause, on
n'aura pas répondu à ma question car comme toutes les modes, y a pas
d'explications. Boire du rosé, c'est un peu comme faire fi de boire du vin,
de l'honorer, D'apprécier un terroir, le travail immense des hommes, sa
vinification et son savoir-faire. A peine bu, un verre de rosé fait partie
d'un lointain souvenir ! Alors que la dégustation d'un vin, c'est surtout le
garder le plus longtemps en bouche pour faire connaissance avec tous ses
arômes.Autrement, c'est un liquide coloré et alcoolisé qui peut à la rigueur
jouer l'office d'apéritif.
Paul Bianco
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