L'OS ET L'ARÊTE du Bouche à Oreille n°105 Fév 2018

LES GUIDES GASTRONOMIQUES SONT-ILS DES FAKE-NEWS ?

On va bien se marrer. Si le moindre embryon de semblant de projet de loi sur les « Fake-News » (fausses nouvelles) nait du ciboulot de nos ronds-de-cuir qui président à la destinée de la nation, on va bien se marrer. Une telle loi envisagée est du grand n’importe quoi en général et du grand art kafkaïen en particulier. Singulièrement appliquée au domaine de la critique gastronomique, certains acteurs de la filière médiatique de la gamelle feraient une tronche à avoir avalé de la soude.

J’exclus d’emblée du propos les magazines web qui jouent les intrigants versaillais 2.0 planqués derrière un écran d’ordinateur, écoutant et relatant les frasques mondaines du microcosme de la tambouille… dont le grand public se contrefout comme de son premier cassoulet! Les « Voici » de la sauce! Les « Paris-Match » du fumet! Un site comme Atabula, téméraire dans sa tentative récente de « site payant » alors même qu’il est connu seul des cuisiniers. Bon courage. Les sponsors de l’industrie agro-alimentaire dont ce site voudrait s’émanciper ont main mise sur « l’information » pendant encore belle lurette*! Aussi, le site du marseillais émancipé du journal « La Provence » Pierre Psaltis, le blog « Chut Mon Secret » et d’autres. Bien peu évitent la confusion éditoriale prétendument journalistique: ils mélangent torchons et serviettes. Caresses aux sponsors, pubs ouvertes et déclarées, publi-reportages cachés, dossiers de presse recopiés, critiques complaisantes, indignations à géométrie variable: cassants avec les petits, courbés devant les grands. Faut bien manger, oui, je sais.

Bref! S’il fallait interdire les « fake-news » -ce qui n’arrivera pas dans la sérénité tant définir la vérité est compliquée- faudrait dégommer aussitôt les guides culinaires institutionnels et les blogueurs à la mode ou démodés qui ne mangent pas dans les restaurants dont ils causent. Autant vous dire que si des contrôles se pointaient, ça ferait du ménage dans le panorama.

Parmi les guides nationaux considérablement sérieux, l’éternel second des pavés gastronomiques « Gault et Millau » 2018 recense 3800 tables pour 20 enquêteurs qualifiés « d’anonymes ». Ce qui est commode à dire. Voilà qui fait 190 bonnes tables par an pour chacun, sachant que ces hypothétiques mangeurs tombent forcément sur le double de mauvaises… ya pas de raisons que le cobaye du « Bouche à Oreille » soit le seul à qui ça arrive! Mais curieusement, eux n’en parlent pas. Quant au guide Michelin au moment où j’écris ça, on compte sur son site 6961 restaurants référencés en France**. Autant dire qu’avec seulement une douzaine de testeurs sur la route comme l’annonce quelques enquêteurs sur les méthodes du guide rouge, on peut dire que le Miche est naturellement une prodigieuse « fake-news » puisque toutes les tables ne sont pas testées. Ajoutons sourire en coin que le lecteur troublé se retrouve coincé dans un imbroglio plein d’ambigüité: les restaurateurs payent 82,80€ TTC par mois pour paraitre sur le site Internet du Michelin.

En ayant su s’engraisser en désinformant avec assiduité pendant des années, la « vieille garde » des critiques gastronomiques est coresponsable (mais pas coupable?) de l’avènement dans le panorama des « Tripadvisor », « La Fourchette » etc. En effet: non satisfait des fadaises assénées depuis des années dans un savant dosage de vérités et de balivernes, le lecteur file ailleurs voir si l’herbe est plus verte puisque la porte internet est désormais ouverte à tous. La « vieille garde », c’est ainsi qu’on appellera le trio « Gantié-Pudlowski-Champérard ». Critiques et journalistes gastronomiques également surnommés dans le milieu de la sauce « le triangle des Bermudes ». Où ces trois lurons passent, la sincérité trépasse, disparue, « pffuit » comme dit l’autre. Car non seulement les trois compères mangent rarement dans les restaurants dont ils narrent l’existence, mais quand ils y mangent, ils payent rarement leur repas. Les exemples récents de manquent pas. Autrement dit ici encore, nous tapons plein fer dans un cas flagrant de « Fake-News ». Faux, truqué, copinage, amis. C’est alors qu’il est temps de poser la question: « dans ces conditions, en quoi un avis sur Tripadvisor est-il moins légitime que l’avis d’un critique gastronomique qui n’a pas mangé ni payé son repas? » Autant dire qu’une loi sur les « Fake-news » n’est pas prête de voir le jour. Mais je m’avance peut-être un peu trop.

Olivier Gros


* http://www.le-bouche-a-oreille.com/os/indignations-selectives/
** https://restaurant.michelin.fr/restaurants/france