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CRITIQUES
POUR CERTAINS CHEFS, LA VALEUR ATTEND LE NOMBRE DES ANNEES ; POUR D'AUTRES, LES GUIDES DOIVENT OCCULTER LES MAUVAIS
On entend souvent, venant des rangs de ces chefs aux capacités incertaines,
l'intérêt pour notre guide d'occulter les mauvaises adresses. Ben voyons !
ainsi nous rentrerions dans le rang, dans la triste banalité de tous ces
guides qui ne veulent froisser personne et ne pas alimenter inutilement les
caisses de leur avocat. Cette idée saugrenue n'effleure d'ailleurs que les
chefs d'une certaine catégorie, jamais les lecteurs. Si le monde de la
critique gastro a toujours fonctionné ainsi, ces mêmes chefs se demandent
bien pourquoi cela ne continuerait pas. Dans pays anglo-saxons, on a habitué
depuis longtemps le lectorat à signaler toute adresse à éviter. Cela nous
paraît être un droit élémentaire à tout critique de guide gastronomique. A
quoi servirait-il dans l'hypothèse où il ne pourrait pas exercer son métier
de conseil sur un établissement qui n'offre aucune prestation de qualité ?
Le lecteur quidam pourrait se poser la question. C'est un peu ce qui se
passe actuellement en France, à la réserve près que le Go et Millo et
quelques petits futés se dévergondent sous la poussée du ras-le-bol d'un
certain lectorat qui n'admet pas ce ton consensuel et miévreux de tous les
guides plus faits pour flatter l'ego du chef que pour réellement informer le
lecteur.
INFIRME DU PALAIS
Le BàO a ouvert la voie il y a maintenant 10 ans, avec des critiques
négatives qui ne se cachent pas derrière son stylo. Elles sont franches,
directes, sans circonlocutions mais sans infamie ou injure ordurière.
L'humour reste le tempo de base de tout texte négatif. On a beau entendre le
moindre égratigné dire qu'on est un torchon en l'occurrence, ou comme le dit
Monsieur Franck Villette de l'Auberge Josse à Lorgues, infirme du palais, on
reste dans la frange des gens qui respectent l'autre, tout en revendiquant
le droit de dénoncer ses mauvaises prestations. La courtoisie reste un de
nos principes de conduite. Même lorsque nous sommes agressés verbalement ou
textuellement. On ne se refait pas. Nous reconnaissons toutefois qu'il est
difficile d'avaler une mauvaise critique. Et que quelquefois, elle peut
engendrer de la colère sanguine ! elle doit pourtant rester matière à
réflexion pour qu'on essaie d'évoluer et se débarrasser de toutes ces
scories qui noircissent le tableau. Et surtout, par pitié, qu'on évite de
nous asséner le sempiternel : "comment osez-vous nous critiquer alors qu'on
existe depuis 25 ans ?" Comme si les années étaient le meilleur moyen de se
prémunir contre tout, l'incompétence, les travers, les mauvaises manières et
les manquements à la déontologie. Ce serait alors, j'ai x années d'exercice,
donc vous ne pouvez rien dire contre moi ! ce serait imparable non ! et
grotesque ! C'est pourtant ce que nous a dit Monsieur Franck Villette de
l'Auberge Josse.
Paul Bianco
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