L'OS ET L'ARÊTE – BàO 103

LES COUPS DE GUEULE DU TRIMESTRE QU’ON AURAIT BIEN VOULU DÉVELOPPER MAIS ON N’A PAS LE TEMPS NI LA PLACE (3).

1/ »REPAS A 4 MAINS »: UN ENFUMAGE DE COM’

Bien rares sont les semaines sans une animation de chefs à 4, 6 voire 8 mains! Ça pleut! Mais ça plait aussi! Le principe: mise en lumière de 2 toques (ou plus) sous prétexte de partage confraternel, une simple méthode promotionnelle. Vous comprenez, ça fait moins prétentieux que tout seul quand est deux, ça crée l’événement, et Facebook adore les événements. J’ai le même à la maison. Mais je suis sévère: la musique jouée a parfois le ton de la sincérité, mais on la trouve rarement chez les habitués des grands rendez-vous médiatiques: les « grands chefs » ne partagent pas facilement la lumière des projecteurs.

Informé par l’organisation à réception du dossier de presse, les médias de la sauce savent vendre du vent avec expertise: ils adorent donc ce type de manifestations. D’autant qu’économiquement c’est la bonne affaire: pas de repas à payer! J’explique: le dossier de presse intègre une invitation à casser la croûte (que personnellement nous refusons systématiquement), puis tu fais un copié-collé des phrases qui te paraissent intelligentes sur ta feuille de chou de blogueur influent. Bref! Têtes de gondole nationales ou barons locaux, peu de chefs échappent à la tendance tant la tentation d’avoir leurs minois en photo est grande. Tout pareil que les poisson-pilotes de blogueurs(euses) toujours assidus(es) à être en selfie avec leurs amis cuisiniers. Tout le monde est content, comme ça. A quoi ça sert? Demandez à leurs nombrils.

2/LE CHIMISTE ET LE DEALER

Les deux plus gros « partenaires » de la gastronomie sont désormais les firmes Métro et Nestlé. La seconde est bien connue du grand public grâce au nombre grandissant de marques* autorisant le sponsoring ciblé, des frappes chirurgicales. Métro « Cash and Carry » est un distributeur allemand (Düsseldorf) aux rayons dédiés au professionnel, notamment le restaurateur. On note quelques amusants faits d’armes, comme par exemple des récompenses aux étoilés Michelin « pour ceux qui font de l’exceptionnel leur quotidien ». En effet: Métro est partenaire (aussi) du fameux guide Rouge**.

La liste des autres partenaires méthodiquement tenus en laisse par des donations, soutiens, sponsoring, mécénats et tutti quanti serait trop longue à évoquer. Qu’il s’agisse des guides de restaurants, des « blogueurs influents », des journaux d’information satellites du microcosme de la gamelle et des émissions de télé: tout le monde passe à la casserole, si on peux dire. Important: le financé décomplexé ne doit jamais omettre de brandir comme un étendard la déontologie de son métier de médias communicants, avec l’obligatoire assurance du vendeur de foire qui veut vous refiler des casseroles en promo. Quand je vous dis que c’est une histoire de casseroles… casseroles qu’on décèle de plus en plus souvent chez les faux impertinents 2.0 du web, comme Atabula et d’autres blablateurs moins prestigieux, qui trainent un ton moralisateur quand ils évoquent crânement leur hypothétique indépendance éditoriale maitrisée.

* http://www.nestle.fr/nosmarques
** https://www.metro.fr/metro-cash-and-carry-france/guide-michelin

3/MICHELIN (1): BUSINESS A LA GOMME

A grand renfort de promo sucrée distillée par les médias habituels auto-satellisés autour de l’étoile Michelin (si on peut dire), on apprend que la firme bien d’chez nous qui fabrique des pneus vient de sortir une gamme de chaussures pour les cuisiniers. Après tout, quoi de plus logique? En effet, rien de mieux pour éviter les sorties de route que d’être bien chaussé afin éviter les dérapages comme les cocasses référencements de restaurants fermés ou mieux, pas encore ouverts. Ou pour bien tenir les (grosses) chevilles des chefs étoilés. Bref! Dans cette promo du brodequin, l’amusant est la dissimulation ou plus finement, le mensonge par omission. Le designer est italien (bon pour l’image), le distributeur est hollandais (bon pour le commerce). Et pis bon, c’est l’Europe, tout ça… Lors des diverses cérémonies à la gloire du nouvel impétrant de la godasse et malgré la presse invitée, aucun média présent n’a évoqué le lieu de fabrication des fameuses savates. Pourquoi? Elles sont fabriquées en Chine*! (pas bon pour l’image et l’industrie française). Ben alors les journaleux? Pas le temps de noter? Trop occupés à faire des selfies et à bouffer des p’tits fours en siroter des coupettes?

* https://news.autoplus.fr/Michelin-Pneu-Semelle-Chaussure-Chine-1489151.html

4/MICHELIN (2): PRESSION PNEUMATIQUE

« Je suis récompensé par le guide Michelin depuis longtemps. Mais je leur prends quand même de la publicité sur leur site Internet pour une centaine d’euros par mois… on ne sait jamais… ». J’ai parfois entendu le propos un peu aigre chez les cuisiniers, un mélange malsain de crainte prudente. Traduction: je préfère être en bons termes avec les publicitaires du Guide Rouge au cas où, alors je paye. C’est ainsi que sur l’application et le site Internet de restaurants du Michelin s’amalgament les gradés du guide officiel (étoiles, bib gourmands, fourchettes etc), mais aussi tous les autres, la grande majorité qui rêve un jour d’avoir une médaille, même une petite, ma mère serait si fière. Car si le restaurant honoré paye pour s’assurer que ça dure (on ne sait jamais), celui qui n’est pas décoré paye avec l’espoir d’être remarqué (on ne sait jamais). Bravo aux filous du marketing (pléonasme) du marchand de pneus passés maitres dans l’art d’insuffler un air d’autosuggestion aux cuisiniers: on appelle ça mettre la pression. Gonflé.

Olivier Gros