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LA CASSE
Et si on parlait un peu restaurant ! ça changerait ! et ça nous
divertirait.L'autre jour, je déjeunais à la Grange avec le dab, Georges
Ferrero, et nous évoquions le passé à la manière des anciens combattants. Et
là, stupeur et tremblement, on s'est rendu compte que la moitié des
restaurants avait disparu ! la Miquelette, la Nonna et bien dOautres, été
passés à la trappe. Première question : c'est dû à quoi ? Ma réponse est
rudimentaire mais pas dénuée de logique : Les difficultés s'accumulent,
ajoutées aux taxations qui n'en finissent plus de se multiplier, ajoutées à
la saga de la TVA, ajoutées aux 35 heures, ajoutées à ce personnel qui se
fait de plus en plus rare et incompétent et une école hôtelière qui apprend
surtout les droits plutôt que les devoirs, ajoutées à la désertification du
chaland, et ça y est, on est dans le mille, on a trouvé la réponse. Depuis
des années, on assiste donc à une démolition scientifique de la profession.
Une casse organisée. Seuls demeurent les cases de l'oncle Tom déguisées en
restaurant, les baraquements admirablement situés, les chinois parce qu'ils
n'ont pas de montre et les très bons établissements qui honorent le métier.
Les autres, kaputt ! Sont morts ou vont mourir ! L'effet désastreux est
compensé pour l'oeil non averti par l'arrivée de tous ces nouveaux qui
reprennent ou créent des restaurants dans le secret espoir de réussir là où
leurs aînés, leurs prédécesseurs ont échoué. Et il y en a, qui au prix
d'énormes sacrifices y arrivent ! Ceux là travaillent en couple, font chacun
35 heures en deux jours, ne se payent pas ou au SMIG d'il y a 20 ans et en
plus ils ferment leurs gueules car ils exercent le métier qu'ils aiment et
toutes leurs factures sont honorées. Vous pensez donc qu'ils ne vont pas se
plaindre ! Ils ne revendiquent jamais rien tout en espérant que pour
l'avenir un peu plus de justice entre dans leur profession, juste pour
améliorer leur condition de travail. Ceux-là iront jusqu'au bout de leurs
idéaux et remplaceront ceux qui l'ont perdu. Et donneront l'illusion que le
cheptel se maintient, donc tout va bien. En réalité la restauration est
malade et chacun essaie de rogner sur les produits, leur prix donc leur
qualité pour équilibrer leur compte et rester en vie. Mais non, le compte
n'est pas bon ! Le système bouste la clientèle hors des restaurants et
grignotent les recettes en même temps que les frais augmentent. Forcément,
ça finit par casser.
Paul Bianco
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