|
MERCI BEAUMARCHAIS !
Avons nous la science infuse ? sommes nous plus malins que les autres ? un
guide doit être fait par des professionnels de la cuisine ? sommes nous
aptes à critiquer ? ainsi pourrait-on poursuivre l'inlassable questionnement
qui trottine dans bien des têtes après la lecture distraite ou attentive de
notre guide, unique dans sa conception sur le plan national. Une seule
réponse me vient à l'esprit et qui a toujours conditionné ma carrière
d'écriveur frondeur, c'est la célèbre phrase de Beaumarchais : "sans la
liberté de blâmer, il n'y a pas d'éloges flatteurs". C'est la seule réponse
qu'on peut apporter. Si cette liberté de blâmer nous est confisquée, dites
moi quel sens et quelle valeur aura la moindre éloge et par là même un guide
composé uniquement de flatteries ? Bien sûr qu'on ne doit pas franchir
certaines lignes comme les attaques personnelles, toucher à la vie privée
des personnes ni porter ses sarcasmes sur les défauts physiques des gens ou
encore faire des jeux de mots vulgaires ou malencontreux sur les patronymes
de citoyens qui n'ont rien à voir avec ses prestations. Prestations qui
doivent être l'unique préoccupation du critique. S'en tenir là doit être la
règle fondamentale du métier de critique gastronomique, régle qu'on applique
rigoureusement depuis 14 ans. Et si ce critique se trompait, pourrait
rétorquer le lecteur plus pointilleux ? hé bien, il serait immédiatement
sanctionné par l'ensemble de son lectorat qui ne lui accorderait plus aucune
crédibilité et entamerait sérieusement sa pérennité. Donc le critique malgré
la liberté qu'il s'accorde est tenu professionnellement de mettre en
concordance sa perception des prestations avec une certaine réalité. Là où
intervient une certaine difficulté, c'est précisément que chacun a sa
réalité et que des divergences de vues s'entrechoquent. En conclusion
admettons que cent personnes décident de monter leur propre guide, vous
aurez droit à cent guides différents avec des critiques diamétralement
opposées. Et chacun aura son groupe de fidèles lecteurs parce que le
critique aura répondu à ce qu'attend le lecteur, aura épousé ses thèses.
Merci Beaumarchais ! car à l'époque où il est de bon ton d'accuser la presse
en général et les guides en particulier, tant que la liberté de s'exprimer
restera la règle d'or, le BAO existera, contrairement à des pays comme la
Corée du nord, l'Iran ou la Chine qui bénéficient d'une protection totale
vis à vis des médias satiriques, et où il ne serait pas pensable que nous
existions, sauf peut-être derrière les barreaux. A tous ces penseurs
profonds qui nous écrivent la plume scandalisée par certains de nos propos :
veulent-ils de ces régimes où la censure est naturelle et de rigueur ?
Paul Bianco
|