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Pas touche aux chefs :
Un complexe en toque.
Alain Delon, Johnny, les "Américains", les juifs, les musulmans, les
catholiques et les protestants, les bouddhistes, les journalistes, les
médias, l'équipe de France, les hommes politiques et encore plus les femmes,
les musiciens, écrivains, cinéastes, peintres, les critiques eux-mêmes, bref
: tous les acteurs de la société la subissent, cette fameuse critique.
Presque tous. Car il y a une chose qu'on ne peut pas critiquer. Un
aspirateur. Passez au crible ce charmant appareil. Pour peu que vous
bénéficiiez d'une diffusion importante de votre journal, illico les foudres
de la suspicion vous dégringolent sur la tête. Vous avez écrit que
l'aspirateur Samsung faisait beaucoup trop de bruit à votre goût ? coûtait
bien trop cher pour ce qu'il avalait ? et tombait facilement en panne ?
Alors le parano du complot, l'épinglé vous bigophone en colère. Pour dire :
"qui c'est qui vous envoie pour nous démolir ? Moulinex ? Tornado ?". Ou
alors : "vous n'y connaissez rien en aspirateur !". Aussi : "vous allez
mettre des gens au chômage !". Mieux : "vous en avez déjà fabriqué, vous,
des aspirateurs, monsieur le critique ?". Sans parler des "menaces et
compagnie". Mais je vois d'ici vos yeux ronds : que vient faire cette
histoire d'aspirateur dans les lignes du BàO ? C'est qu'en France, à
l'instar de l'aspirateur et du commerçant en général, le restaurateur est
intouchable. Incriticable. Par ailleurs souvent encensés pour d'autres
raisons dans la corporation de la cuistance, les Anglo-saxons ont de
l'avance sur le sujet. Voyez le nombre de parutions qui alpaguent le monde
de la toque outre-atlantique ! Autant que pour les aspirateurs ! Et puis,
pouvez-vous citer d'autres pays que la France où existent les fameux
"tribunaux de commerce" ? Véritables ""juge et partie" vu qu'ils sont
composés de...commerçants ! Bref ! Le chef hexagonal n'est pas loin de
penser que le critique est nuisible. Surtout celui qui fait son boulot quand
il épingle les tables qui ne lui plaisent pas. Et puis hein, entre-nous, un
bon coup...d'aspirateur pour faire disparaître les plumes acides du BàO,
celles qui dépassent un peu trop de l'édredon douillet où s'entassent les
"guides gastronomiques" convenus... et on n'en parlerait plus ! Les chefs
dormiraient tranquilles ! La toque bien au chaud, bien calée ! Allons !
Soyons optimistes ! Par bonheur, on rencontre encore et toujours des
restaurateurs qui respectent les clients et leur métier, sans se prendre
pour le centre du monde.
Olivier Gros
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