ÉDITO du Bouche à Oreille n°82 Juin 2012

UN CHAT EST UN CHAT

UN MAUVAIS RESTO UNE SUPERCHERIE

Nombre de restaurateurs ou autoproclamés comme tels ont le courroux en cascade, ruent dans les brancards de notre rédaction quand on écrit diversement de ce qu’ils pensent d’eux-mêmes. La tendance semble en hausse. Ce qui pour l’optimiste mesuré que je suis est peut-être la signature du succès de notre travail auprès d’un lectorat (puisqu’il parait qu’on en a un) qui aime toujours autant le restaurant. Mais il a décidé de ne plus se faire plumer le porte-monnaie ni racketter la carte-bleue.

La recette de notre petit brûlot sur la sauce, les toques et ses à-côtés est simple! Parti de notre passion du restaurant, le BàO est simplement le reflet de l’idée qu’on se fait du « guide » de restaurants: pratique dans son format papier, et qui raconte. Certes, il ne s’embrouille pas dans les euphémismes quand un établissement est un scandale. Il le dit et met l’accent sur le vécu. Il le dit parce que les bons sont bons et que les mauvais sont mauvais. Un chat est un chat, un mauvais resto une supercherie. Et qu’on ne me parle pas « d’erreurs possibles »! Ou d' »objectivité »! L’infaillibilité n’est pas notre principal souci d’autant que nous avons l’humilité facile. S’il faut revenir, nous re-viendrons re-tester et re-payer notre repas.

Quand on voit la « concurrence » encenser certains établissements, on se dit qu’il est à peu près normal que de moins en moins de lecteurs n’aient confiance aux guides. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil! Et c’est ainsi qu’on ne se fâche jamais avec l’univers de « la gamelle et de la louche »! Ou plutôt « du sachet et du ciseau ». Bref! A tel point que sous peu, il n’y aura plus… de guides tout court! Remplacés par les « sites Internet de contributions » comme Linternaute, Cityvox qui sont les plus connus. Le lecteur du site y est lui-même acteur en donnant son avis sur ses restos préférés: ceux qu’il n’aime pas, ceux qui concurrencent la pizzeria de son beau-frère, celui qui ne lui a pas offert le café, celui qui a une sale gueule, et bien entendu, il encensera éventuellement son propre restaurant. Allez lire les « critiques de restaurants » sur ces sites, vous allez vous poilez! Remarquez qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. C’est d’ailleurs pour ça qu’on fait notre guide nous-mêmes.

Olivier Gros