ÉDITO du Bouche à Oreille n°68 Déc 2008

RADIO BANDOL

Un soir d’automne, Bandol. Mauricette avait entendu causer d’une pizza qui aux dires de nos informateurs serait excellente chez « Donna Patri ». C’est juste! Le repas se passe très bien. A une table, je reconnais les anciens tenanciers de « la mezzanine », les Tournier, qui bénéficièrent d’une plutôt bonne critique par nos services suite à un test le 4 avril 2007*. Eux ne me connaissent pas, forcément, un bon test se faisant sous couvert d’anonymat.

Fin du repas. En face de moi, Mauricette me chloroformait en racontant que vus les cours de la bourse, elle n’aurait jamais du vendre ses vaches en Lozère en échange d’actions Michelin. Et là, je sais pas si c’est le café ou les effets secondaires du pili-pili sur leurs caboches, nos retraités Tournier se mettront d’un coup à causer du BàO au patron de la pizza, extraits:

« ouai, le bouche à oreille, je les connais, y faut payer pour être bon! Faut pas travailler avec ces gens-là!
-ah bon? On m’a dit qu’ils étaient sérieux pourtant? » commente un peu surpris le pizzaiolo.
« mais nooon que j’vous dis! c’est comme le petit futé, faut payer pour être bon et pis c’est tout! »
ajoutera Tournier.

Le pizzaiolo prit la nouvelle avec un profond dépit, ses yeux pourtant rieurs devinrent un peu tristes, comme ceux d’un gamin qui viendrait d’apprendre que le Père Noël n’existe pas.

Et moi qui ne veut pas me dévoiler. Mais faut pas pousser: je suis sorti de mon engourdissement causé par le bruit de fond de Mauricette. Qu’on dise des âneries sur notre travail, passe encore, les inepties relatées et frelatées n’engagent que ceux qui les écoutent. Mais qu’on mette sur un même plan le BàO et le petit futé m’est totalement insupportable. Alors toujours dans le confort de mon anonymat, je me retournais et pris benoîtement part à la conversation:

Moi: « Ah bon? Et c’est quoi ce guide?
-le bouche à oreille! Y vendent des encarts aux restaurants! Y entre dans un restaurant et si c’est pas bon, y dise que c’est pas bon! Et si c’est bon, y dise que c’est bon! Et des fois y payent pas l’addition pour avoir une bonne critique!
-aaah d’accord… mais vous à « la mezzanine » vous avez été testé?
-Oui! Y dit que c’est bon!
-Ben alors de quoi vous vous plaignez?
-Ouai mais faut payer!
-Ah booon…vous avez payé alors?
-Ben…non! Mais mon voisin lui a payé pour avoir une bonne critique! La preuve, il est pas bon »

Le dialogue surréaliste dura un bon moment, je vous l’ai fait courte. Madame Tournier se mêlera du jeu, plongera tête baissée dans ses contradictions, mais avec nettement plus d’hystérie dans le propos car elle voyait bien que son mari s’enfonçait lui-même dans de baroques arguments. Le doigt en l’air péremptoire et les yeux écarquillés, elle dira même:

« nous, nous avons eu des vrais critiques gastronomiques dans notre restaurant! Trois! » fit-elle avec l’autre main.
« ah bon? Bravo madame! Et ils écrivent où? » demandais-je benoîtement…
« mais nulle part monsieur! Nulle part! Ils sont obligés de se présenter! On m’a dit même qu’ils sont envoyés par la chambre des métiers! »

Après ce fin délire, j’avoue un peu plus avoir perdu espoir en la nature humaine. Comme des vautours sur une charogne, monsieur et madame Tournier s’acharneront sur le BàO. M’expliquant dans un dernier élan de bouffonnerie crasse et avec l’assurance de ceux qui mentent quand ils croient savoir que « quand le guide n’est pas plein, qu’il reste des pages vides, ils vendent des encarts de pub aux restaurants et là, ils se présentent sans manger et faut payer ».

Sous cette avalanche de navrant, j’ai abandonné la partie sans me présenter. Nous avons payé notre repas et sommes sortis affligés, mais toutefois rieurs du comique de la situation. Cinq minutes de plus et à coup sûr, on entendait que le petit futé était une succursale du Bouche à Oreille! Ou que tous les clients qui se présentent dans un restaurant de la part du BàO ont le repas gratuit! C’est bien connu! C’était « RADIO BANDOL » et son DJ Tounier. En ondes courtes. Très courtes.

Olivier Gros


*Bouche à Oreille 63 page 54 http://le-bouche-a-oreille.com/pdf/BAO63.pdf