ÉDITO du Bouche à Oreille n°92 Déc 2014

VOTE SUR TRIPADVISOR ET CUISINE INDUSTRIELLE « SOUS-VIDE »

MÉDIOCRATIE DIRECTE

Un trimestre supplémentaire de tests où la présence d’assiettes « tout prêt » au « restaurant » m’a semblé encore plus flagrante! Froidement infligées au cochon de client sans aucun état d’âme, ni même une gouttelette de honte sur le front. Comme si c’était normal dans un « restaurant ». Faut bien gagner sa vie, hein… Oui d’accord môssieur mais dites-moi: votre métier, c’est bien restaurateur-cuisinier non? Suffit de trainer dans les salons de la profession (SIRHA etc), seconde grande vitrine après le petit écran pour entendre l’argumentaire des VRP des dealers-fabricants Brake, Métro, Davigel, Transgourmet, Nestlé… totalement décomplexés dans leurs raisonnements commerciaux: « faut pas vous embêter… plus personne ne fait comme ça… les grands chefs l’utilisent…pourquoi pas vous? ». Les prescripteurs-collaborateurs des industriels, par ailleurs moralisateurs dans les medias pour les besoins de leur bizness de façade, s’appellent Ducasse (SODEXO, Danone) Veyrat (SODEXO, Pomona, Madrange)… Robuchon (Fleury-Michon), Lignac (Findus), Bocuse (William Saurin), les frères Pourcel (Délifrance), Marx (Nestlé), Piège (Elle&Vire) et d’autres encore.

Quand au lecteur pressé bouffeur d’infos comme sur BFM, il aime la facilité et la caricature. C’est reposant, moins compliqué. Il n’attend que les deux opposés: le restaurant encensé où il ira peut-être dimanche, et le scandaleux démoli. C’est oublier qu’entre les deux, il y a la nuance, la lucidité, la complexité et tous les autres établissements et en particulier les fameux « moyens » qui tirent vers le fond les restaurateurs professionnels aux abois. Entre des syndicats prétendument défenseurs comme l’UMIH où se côtoient dans le même sac le légitime cuisinier et la Sodexo comme un ver dans le fruit… et le législateur déconnecté de la société civile qui sort de son chapeau le label félon « fait maison » comme une vulgaire agence de pub, l’optimisme n’est pas de rigueur!

Et puisque le client en absence de repères sérieux ne croit plus en rien, ne sait plus, alors il se défoule en tapotant le clavier de son ifone pour donner son avis sur TripAdvisor, histoire de se faire croire qu’il existe un peu au milieu de la mascarade des labels.

Olivier Gros