ÉDITO du Bouche à Oreille n°72 Déc 2009

MAURICETTE: LE CONTREPOIDS!

Depuis le temps qu’on en cause et qu’on en tire prose, un jour ou l’autre fallait bien vous faire le portrait de Mauricette. Acariâtre et bigleuse, un poil dégarnie au sommet mais surtout très décolorée, grande en hauteur et en normalur mais question goût, très fiable. Selon des archives, elle serait née depuis longtemps en Corrèze. Tout de suite après elle aurait rapidement gagné sa vie après des études pas commencées. Pas tout à fait nigaude ni intellectuelle, elle est capable de tenir un stylo pour rédiger un article dans un français correct. Piégée par son éducation rigoriste, elle manque un peu d’humour mais ça dépend des jours. Disons qu’elle n’y est pas imperméable. Elle comprend tout tant que ça ne dépasse pas le premier degré. Après elle décroche. Elle a mauvais caractère et affiche une complète aversion envers les gougnafiers et les serviles de tout poil. Ça ne la rend pas sympathique, elle a ses têtes. Mais moi, je sais bien qu’elle sait parfois être gentille quand elle n’est pas contrariée. En bonne fille de boucher elle est habile de la calculette. Voilà pourquoi faut pas lui faire sur la viande dans un resto. Les appellations incontrôlées c’est son dada. Son métier actuel, c’est cobaye à restaurants pour le Bouche à Oreille, donc. Elle m’est très utile à bien peu de choses, mais c’est un fameux contrepoids à mes appréciations. Si je me réjouis un peu trop vite, elle me tape sur l’épaule et me dit avec la voix de Lino Ventura dans les Tontons Flingueurs « t’emballes pas coco! ». Car elle note aussi les plats. Nous sommes souvent d’accord, surtout elle. Plus sévère que moi dans la critique, elle dégaine facile le 3ème zéro quand j’en flanque deux. Autrement, elle se perd régulièrement dans les galeries marchandes qui vont tout droit. Alors que curieusement un soir d’orage le 26 octobre 1963, elle guida avec courage des chasseurs ayant perdu leur chemin dans la forêt du côté de Méounes-les-Montrieux dans le Var! Ce qui ne l’empêche pas d’avoir peur de tout, des bestioles, des moustiques, des mobylettes et des peintres en lettres. Mauricette est faite de contresens et d’absurde. Ça fait son charme mais au quotidien, c’est un peu pesant. On comprend sans difficultés pourquoi ses auteurs préférés sont Alfred Jarry, Franz Kafka, Octave Mirbeau et Alexandre Vialatte. Mais la dame au chapeau vert ne s’explique pas en deux secondes. Souhaitons l’occasion d’y revenir.

Olivier Gros