ÉDITO du Bouche à Oreille n°66 Juin 2008

LE MOUTON NOIR ET LA BIBLE ROUGE

Encore (nos démons s’accrochent) on s’est fendu d’une tartine sur la Pravda des fourneaux. On sait que ce genre de pages fait souvent grincer la toque de quelques détracteurs-restaurateurs qui, comme par hasard, aimeraient bien avoir les honneurs du miche pour leur boutique. Parfois aussi le consommateur de restaurant n’aime pas qu’on puisse remettre en cause sa bible qu’il achète solennellement chaque année. Difficile de critiquer le miche sans subir les critiques des ceux qui n’aiment pas qu’on critique le miche. Faudrait pas chatouiller l’autorité, ne jamais remettre en cause la mécanique de la secte. On devrait accepter les balivernes sans moufter, se rallier sans vigilance à la majorité visible, s’auto-gommer le ciboulot de tout sens critique! C’est vrai quoi! Mais rions un peu! Un chef pieux du fabricant de pneus m’a dit au téléphone une fois, sans rire: « pourquoi tapez-vous encore et toujours sur le miche? Ya pas que lui qui met n’importe quoi dans son guide! »

Toujours lui: le N°1 du magazine du miche « Etoile » édité par Glénat est sorti. La tendance? Une diversification marketing sur papier glacé, impec pour laisser traîner sur la table du salon à côté du « Géo » de fiston et de « Art et Décoration » de madame. Les 9 premières pages (10 avec la deuxième de couverture) de cette revue sont réservées à la pub. Encore un journal construit autour d’annonceurs et si peu pour le lecteur, sauf si comme tout le monde vous buvez du Champagne Roederer et roulez en BMW. Ah! A propos! Vous avez vu la trombine du patron du miche Jean-Luc Naret? Observée plusieurs fois à la télé pour sa promo. Raccord avec les pubs d' »Etoile »! Bronzé au UV et gominé de frais, façon dégaine berlusconienne. Je ne lui confierais pas mes petits beurres de 4 heures. Ni ma BMW si j’en avais une. Ni mon avenir si j’étais cuisinier.

L’étau se resserre pour les restaurateurs consciencieux. Le prix des denrées augmente et du coup le produit moyen est propulsé en avant par cette perverse mécanique économique. Ce « moyen » qui envahit la planète bouffe plus pernicieusement que le franchement mauvais s’insinue dans notre quotidien. Quand on tape sur le mauvais Mc Do, on oublie le piètre Campanile. Tiens? Comme pour le miche avec la tête de gondole Passédat! Les médias en parlent à foison… mais éludent le reste du palmarès local pour nous faire passer la pilule! Lisez les rubriques « Os et l’Arête »!

Olivier Gros