ÉDITO BàO 103

J’EN AI MARRE DES BURGERS

(COMPLAINTE DU COBAYE AMBULANT)

Marre des burgers, partout.
Marre des milanaises au veau de contrebande décongelées à la friteuse.
Marre des fritasses grasses comme du phoque.
Marre des fondants au chocolat en sachet micro-ondé.
Marre des tomates en hiver et des melons en mai.
Marre des marques de viandes à la mode et des suiveurs de modes qui vont avec.
Marre des magrets précuits le matin « pour aller plus vite » pendant le service.
Marre du mauvais saumon et du poison panga en vente libre.
Marre des cartons gras de fast-food semés à tous vents.
Marre des centres-villes et des parcmètres parfois plus coûteux qu’un repas.
Marre des moralistes du bio à l’index culpabilisateur qui n’ont jamais eu faim.
Marre des ayatollahs « vegan » et des cavistes intégristes « vins natures ».
Marre des « journalistes » aux ordres des chefs, recopieurs de dossiers de presse.
Les mêmes qui expliquent qu’il ne faut pas dire du mal des mauvais restaurants.
Marre des églises, des guides, des corporations de chefs financées par l’impôt.
Marre des cuisiniers préférant perdre un gosse qu’une étoile.
Marre des cuisiniers toujours en avion et jamais en cuisine.
Marre de voir des tables infectes face à la mer saturées de clients,
et de voir à deux pas des bons cuisiniers crever à petit feu.
Marre de savoir et voir du personnel surexploité ou violenté, ce qui est vrai.
Marre de voir des Thénardier geindre « on trouve personne », ce qui est vrai aussi.
Marre de savoir le patron droit avec son personnel économiquement pénalisé,
tandis que l’aigrefin récidiviste passe à travers les mailles.
Marre des bailleurs de fonds de restaurants faire fortune sur le travail d’autres.
Marre des contrôles d’hygiène partiaux et des adresses « protégées ».
Marre de voir le cuisinier traditionnel au turbin à 7h du mat’
quand le dealer Brake ouvre à 11h45.
Marre de lire le panneau « fait maison » alors que non.
Marre de voir des restaurants faire comme les autres « pour être original ».
Marre de voir plonger les pigeons dans les promos bidon Groupon et La Fourchette.
Marre des « menus enfant » au rabais qui tiennent de la maltraitance.
Marre du moyen qu’on nous fait avaler: le médiocre use le désir à pas de loup!

Mais parfois, quand je mange à la table d’une jeunesse brillante au regard droit, jeunesse lancée dans le grand bain de la restauration après avoir cassé le nourrain et sollicité la famille pour quelques milliers d’euros que la banque n’a pas voulu prêter pour acheter des casseroles et que je me régale, des fois, j’en ai moins marre.

Alors je repars.

Olivier Gros